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Note — Artiste 1 — [artiste]

Peinture et plaisir

par Aymard — 01/09/2017 13:51 — Note publique

On pourrait parler pour Basquiat de peinture désenchantée, et c'est finalement vrai, il me semble, pour une grande partie de l'art contemporain. Est-ce qu'on est dans un monde qui enchante, ou qui désenchante ? Il me semble que mon travail d'artiste, lui, tend à enchanter, enfin je crois. Chez Basquiat, la lumière, la forme, la violence de la coloration, le pinceau, les moyens qu'il emploie transmettent une espèce d'énergie de souffrance. Un narcissisme aussi. Quand on regarde ses peintures, on a l'impression d'un être souffrant, il y a un drâme. Ca révèle une facette contre laquelle on lutte j'ai l'impression.

C'est quelque chose d'excessif, de brut, de primitif. C'est une expression débridée du moi personnel... Les critiques parlent de l'expression des minorités... On a finalement l'impression d'avoir un peintre qui est martyre et une société qui est bourreau. C'est exprimé, mais est-ce assumé ? L'intérêt de son travail, c'est la couleur... Il dit une violence à travers un vocabulaire qui est assez riche, il y a ces slogans. Il exprime une facette des gens. Mais les peintres sont des révélateurs... Pas forcément des donneurs de leçons. Et puis la drogue y est pour quelque chose (il est mort d'une overdose en 1988), sa carrière a été très courte. On peut dire qu'il a été presque plus violent que les violents d'avant. Il va plus loin, comme disent les critiques. Alors le côté afroaméricain, ces gens qui descendent d'esclaves, je ne sais pas si c'est vraiment assumé, contrairement au blues, ou à un peintre comme William H. Johnson (il a fait une expo à Paris il n'y a pas très longtemps) qui à mon sens assume sa condition d'ancien esclave. Il est beaucoup plus réconcilié avec lui-même, il y a dans sa peinture un plaisir, comme un plaisir de ce qu'il a. J'associe ses peintures au blues. Basquiat, témoigne d'une époque, d'une souffrance. Mais ce qui est important je pense, c'est en quelque sorte de sortir de ce que nous sommes... le peintre doit pouvoir proposer quelque choses... quand on dit "le peintre est prophète"... de là à nous écraser avec la médiocrité du monde... Je pense qu'on est plutôt là pour sortie de notre chaos.