Le projet
LE SITE MNESEEK, UNE APPROCHE THEORIQUE
UNE ENCYCLOPEDIE D’UN NOUVEAU GENRE
Par Julien Guerraz
"L'impossible seul vaut la peine d'être accompli."
Vient un temps où il semble bon de se pencher sur ce qui a été fait, ce qui a été accompli, et d’en interroger le sens. Quinze ans que la première pierre du projet Mneseek a été posée… Quinze ans d’évolution, quinze ans d’amusement, quinze ans de travail. Des phases d’enthousiasme ont succédé à des moments de découragement. C’est déjà un résultat tangible : la joie que j’ai eue à développer ce projet. On dit que le sens est dans le chemin, non dans le résultat.
I HISTORIQUE DU PROJET MNESEEK
L'idée du site Mneseek m'est venue autour de l'année 2010, d'abord lorsque je me suis rendu compte de sa faisabilité, suite à ma découverte de certains langages informatiques.
Par ailleurs, il s'agit d'une période décisive pour moi.
Je m'étais plongé depuis quelques années dans la philosophie orientale du zen japonais. Cette pensée (et le bouddhisme en général) aboutit, si l’on peut dire, à l'oblitération presque générale du désir, par le renoncement aux choses du monde – ainsi qu’à l’oblitération de la pensée elle-même. Un certain bouddhisme zen considère la question du sens comme superflue. Le sens que nous donnons à notre vie, le sens des choses, l'étude et la connaissance même sont superflus. Ne subsiste que le non-sens, l'absence de pensée (discursive) dans lesquels se place le méditant, tranquillement assis sur son coussin. J'en étais donc arrivé à l'idée que toute manifestation intellectuelle était d’un certain point de vue inutile, devant l'incommensurabilité de la non-pensée, devant la méditation elle-même.
Une pensée du Dalaï-Lama m'est alors venue à l'esprit : il explique que bien que les croyances venues d'ailleurs peuvent être intéressante pour un individu, il est important pour lui d'explorer d’abord sa propre tradition. Ma tradition, en tant que citoyen d'Europe occidentale vivant au XXIème siècle, cela voulait dire, en schématisant, la pensée (et la culture) dite occidentale, ou encore la pensée conceptuelle, la raison, les Lumières etc. J'ai alors décidé de démarrer le projet Mneseek, de revenir dans le monde en quelque sorte. M'interroger sur ma propre tradition, cela voulait dire reposer la question du sens, me demander ce que le sens pouvait encore nous dire, nous offrir.
Le site Mneseek s'appuie sur le contenu des pages web. Or, le web constitue à mon sens la pointe de la culture (occidentale, entre autre...). Presque tous les objets culturels y sont référencés et en cours d'analyse, d'explication... Il est par ailleurs accessible partout, aisément référençable. D'où mon idée de partir des contenus du web, de les référencer de manière participative.
Le développement du site s'est fait sur le mode de l'itération, c'est à dire qu'une version à succédé à l'autre. Plutôt qu'un déveioppement suivant un plan établi, il s'est agi plutôt d'un développement de type "organique", suivant mes envies et les idées qui me venaient (J'attache par exemple une grande importance au contenu du site, au delà de son architecture elle-même).
"Créer une technologie nouvelle revient à tâtonner à l'aveugle contre un mur en espérant y trouver une ouverture", Idriss Aberkane, L'âge de la connaissance
Le premier noyau de développement, la base du site, a été celui du dépôt de lien, réalisé autour des années 2011-2012. Puis est venu, assez vite, la fonction de création de dossiers de liens. Dans un deuxième temps, j'ai eu l'idée d'une section "citations", afin d'ajouter une dimension signifiante au site. Enfin, plus tard, les fonctions de catégorisation des éléments postés... Cette fonction de catégorisation est très importante car elle ouvre sur le projet (encore embryonnaire) de création d’une encyclopédie du web et des objets culturels. La création d'une section de dépôt d'images, est venu après tout cela, plus tardivement.
Enfin, 2026 a été l’année de ma rencontre décisive avec Etienne, qui est devenu le développeur du site. Ensemble, nous avons décidé d’une refonte complète du site et de l’ajout d’un programme de fidélité.
Je remercie mes amis Arnaud (le jardinier mélomane), Sylvain (le philosophe), Aurélien (l’astronome), Guillaume (le présentateur mélomane), ma soeur Stéphanie, mon frère Félix ainsi que mon père, pour leur aide précieuse, physique et morale.
II TECHNOLOGIES UTILISEES
D’un point de vue technique, la réalisation du site Mneseek combine trois langages de programmation :
- Le HTML : Pour la mise en page des pages web
- Le PHP/Mysql : pour le dialogue avec une Base de Données (BDD)
- Le Javascript : pour l’interactivité sur les pages web
- Le site de deuxième génération (2026) utilise le framework LAMINAS (anciennement ZEND). Il fait l’objet d’un dépôt Github.
Côté HTML, on notera l’utilisation de formulaires (qui contiennent différents champs : aires de texte, champs texte, listes déroulantes, boutons…) servant aux utilisateurs à entrer des informations qui sont ensuite stockées en Base de Données via PHP.
Côté Javascript, on notera l’utilisation, entre autres, de la technologie AJAX, qui ouvre la porte à des fonctionnalités d’interactivité avancées.
Les pages web du site, images, BDD etc sont stockées sur un serveur chez un hebergeur web.
III QU’EST-CE QU’UN LIEN INTERNET ?
Appelé aussi lien hypertexte ou hyperlien, un lien se positionne sur un à plusieurs mots ou une image et permet de passer de la page web consultée à une autre en cliquant dessus.
Un lien interne va mener à une page d'un même site web, un lien externe va permettre de naviguer vers une page d'un autre site internet.
Un lien hypertexte est un mot, une phrase ou une image qui renvoie à un autre document ou site web. Lorsque vous cliquez sur celui-ci, vous accédez à un autre document ou site web.
IV UNE BASE DE CONNAISSANCE PARTICIPATIVE
A/ Participation
Si tous les sites web sont participatifs, ils le sont à des degrés divers.
Le site Mneseek est un site à haut niveau participatif : la fonctionnalité principale du site consiste en l’indexation de liens internet par les utilisateurs (potentiellement tout internaute). Ainsi, les utilisateurs du site peuvent recommander les pages web qu'ils préfèrent à l'ensemble des visiteurs du site.
A ceci s’ajoutent des fonctionnalités connexes : premier classement des liens postés : thèmes, mots clés…, dépôt de commentaires, création de dossiers thématiques de liens, mise en favoris, vote, partage. Tout lien posté peut par ailleurs donner lieu à des notes (sous la forme de textes multimédias). Prenons le cas d’un lien pointant vers une conférence sur internet. Après qu’un utilisateur aura posté le lien vers cette conférence, n’importe quel utilisateur pourra créer une note qui lui est liée, contenant pensées personnelles, commentaires, extraits textuels, liens, images, vidéos…
La participation au site ne s’arrête pas là. L’utilisateur peut aussi poster des citations (On peut voir la section "citation" comme une anthologie des meilleures citations rencontrées), des éléments textuels (En bref le saviez-vous ? ; Douche de pensées...) ou des images, ceci avec des fonctionnalités connexes équivalentes à celles du dépôt de liens.
Tout ceci se fait à partir d’un espace personnel propre à chaque utilisateur.
Enfin, les internautes peuvent participer à la section "Articles" en envoyant leurs contributions par email ou en transformant une de leurs notes en article.
A ceci s’ajoute une deuxième indexation des éléments, c’est la deuxième phase du travail. Comme la première phase, elle peut être menée par n’importe quel utilisateur inscrit. Il s’agit cette fois d’opérer une "catégorisation" poussée des éléments postés, de les traiter, d’en faire des ressources au niveau du savoir, des connaissances, de la philosophie ou des opinions.
B/ Un moteur d’exploration du savoir – Explorer la pensée à partir des liens du web
Là où des plateformes comme Wikipedia organisent le savoir en pages et en articles, Mneseek s’appuie directement sur les liens du web comme unités fondamentales. Mneseek est une base de connaissance (il faudrait étudier le concept de base) construite à partir des liens du web.
V CULTURE ET PARTAGE DES SAVOIRS
Signets sociaux, échange de liens, moteur de recherche collaboratif, communautaire, social bookmarking, Encyclopédie sur internet, autant de termes qui peuvent caractériser le projet Mneseek (Je renvoie ici à mon article sur "Les sites de social bookmarking", publié en 2019). La spécificité de Mneseek tient à sa visée culturelle (l'exploration du web) et à son objectif d'innovation.
Le domaine d'application du site Mneseek est celui de l'internet culturel. Par culture, nous entendons à la fois la culture au sens large, c'est à dire qui à trait à l'humain (je me souviens d'un cours de sociologie qui commençait par cette idée : ce qui différencie l'homme de l'animal : la culture), et la culture dans un sens plus précis : culture générale, arts, sciences humaines. Le web offre aujourd'hui de nouveaux moyens d'accéder aux contenus culturels. L'objectif de Mneseek est de stimuler la curiosité et l'intérêt pour ces contenus.
Sur Mneseek, nous nous intéressons aux grandes oeuvres de la culture comme aux petites."Il n'y a aucun objet, même le plus simple, qui ne puisse faire l'objet d'un travail intellectuel très exigeant.", Philippe Meirieu
Enrichir ses connaissances, acquérir de nouvelles compétences, se détendre sont quelques unes des nombreuses fonctions que peut remplir le web. Il s'agit d'un espace immense que la plupart des internautes n'utilise que dans une part assez mince. Les moteurs de recherche, quant à eux, ne sont pas forcément adaptés à des recherches culturelles (liens commerciaux, pages pas forcément attractives...) où la demande de qualité est importante. Un site comme Mneseek (un de ses principes est la "sérendipité" : l'art de faire des découvertes inattendues) peut donc représenter un moyen d'explorer le World Wide Web de manière innovante et ludique.
Le "partage des savoirs" est, de manière emblématique, un des objectifs de l'UNESCO. Cette même organisation affirme, dans ses objectifs la nécessaire "solidarité intellectuelle et morale de l'humanité" ainsi que "la mise en valeur de la diversité culturelle" et le "dialogue interculturel". Un site tel que Mneseek peut, à son niveau, participer de cette mise en commun et de cette valorisation du patrimoine culturel.
Outil de coopération, Mneseek est un espace collaboratif de partage culturel et de création de sens.
La ligne éditoriale du site allie écclectisme (nous croyons en l’interdisciplinarité) et sérieux (ce qui n’empêche pas le site d’avoir une section "Humour").
VI LES MODELES DU COCKPIT ET DE LA COLLECTION
Le cockpit
Dans son livre "Cognition in the wild", E. Hutchkins utilise le pont d’un navire de guerre comme étude centrale de la cognition distribuée. Dans l’article complémentaire How a Cockpit Remembers Its Speeds (1995), il prend le cas des cockpits d’avion : le pilote forme avec l’ensemble de son tableau de bord un système cognitif global.
L’idée essentielle est que la cognition n’est pas seulement dans la tête du pilote. Le cockpit constitue un système cognitif distribué, composé de :
• plusieurs agents humains : pilote, copilote, etc ;
• des artefacts matériels : instruments, cadrans, indicateurs, dispositifs de réglage ;
• des représentations externes : inscriptions, positions des curseurs, affichages ;
• des procédures et des échanges verbaux entre les membres de l'équipage ;
• l’organisation sociale du travail, qui distribue les tâches entre les personnes.
Ainsi, une opération qui semble être une simple tâche de mémoire est en réalité accomplie par l'ensemble du système. Par exemple, les vitesses nécessaires aux différentes phases de l'atterrissage sont inscrites et manipulées sur les instruments du cockpit : le cockpit « se souvient » en quelque sorte à la place des pilotes.
L’idée de Hutchkins : les propriétés cognitives du système ne sont pas simplement la somme des propriétés cognitives des individus. La mémoire, le calcul et la prise de décision peuvent être distribués entre personnes + objets + représentations + environnement. C'est ce que Hutchins appelle la distributed cognition / cognition distribuée. Dans cette perspective, demander "Que sait le pilote ?" n'est pas toujours la bonne question. Il faut plutôt demander : Comment le système pilote–copilote–instruments–procédures produit-il collectivement l'information nécessaire à l'action ? C'est précisément le déplacement méthodologique que Hutchins propose : passer d'une cognition conçue comme un phénomène interne à l'individu à une cognition étudiée dans son contexte sociotechnique (une cognition assistée).
On peut appliquer ce modèle au site Mneseek et l’envisager comme une machine (une machine à penser ou à rêver…) avec autant de cockpits qu’il y a d’utilisateurs, chaque utilisateur étant lui-même connecté à son environnement.
Mneseek en tant que machine. On peut penser tous les attributs d'une machine.
"La préparation et le montage d'une expérience qui, comme machine générique, présente cette particularité de concentrer dans chaque acte intellectuel la construction simultanée de la machine, son fonctionnement et la production des résultats attendus, la machine générique étant construite au fur et à mesure qu'elle produit des connaissances", François Laruelle
L’étude des modèles de la pensée peuvent, de manière générale, être utile à notre projet. Outre la connexion située dont nous venons de parler, il ya le modèle d’énaction ou cognition incarnée développé par Francesco Varela. Selon ce modèle, la cognition est avant tout le fait d’organismes vivants (animaux, humains) et doit être envisagée comme un dispositif dynamique en contact avec le monde extérieur et géré par des dispositifs sensori-moteurs (impliquant donc la perception et la motricité) et des expériences subjectives. En suivant ces idées, on arrive à celles d’agencement, de désir et de flux (Deleuze), ou encore aux couplages pensée/action, individuel/collectif...
La collection
"La connaissance se comporte comme une collection et, plus précisément, comme une collection d'organismes interféconds, ce qui est encore plus intéressant.", Idriss Aberkane
Le projet Mneseek repose sur la constitution d'un corpus numérique de liens web ayant une dimension heuristique (servant à la découverte). Aux liens on peut ajouter les citations et les images ; et finalement tous les objets du monde, dont on peut du moins utiliser les étiquettes. Le travail de catégorisation permet de bâtir des connaissances structurées, dans une approche analytique de ces objets, une anthologisation. Mettre en ordre (dimension apollinienne : mesure, raison, clarté, harmonie, maîtrise de soi, tendance à transformer le chaos ou le désordre en une forme structurée, équilibrée et intelligible en relation avec son contraire, la dimension dionysiaque : élan, ivresse, instinct, débordement et dissolution des formes).
A ce propos, la constitution d’un "stock" de liens demande une opération de maintenance spécifique : la suppression ou le remplacement progressif des liens morts. L’accessibilité problématique de certains contenus (par exemple les pages nécessitant une inscription : Facebook, Tumblr, certains articles payants du site du Monde…) et tout simplement les pages qui sont supprimées au fil du temps rendent nécessaire une certaine vigilance.
Collection de liens… Collection d’énoncés… La connaissance en termes cumulatifs.
Faire des collections, en général peut avoir beaucoup d’intérêt :
- Le plaisir : rechercher, découvrir et réunir des objets qui nous plaisent. Rechercher et partager avec d’autres des choses intéressantes sur internet peut procurer un réel plaisir.
- La passion et l’expertise : une collection permet de mieux connaître un domaine et d’en devenir connaisseur. Grâce au site Mneseek, j’ai personnelement pu explorer divers thèmes. J’ai par exemple créé un dossier sur l’ébénisterie ou sur les parcs et jardins. Je me suis intéressé aux fleurs et par exemple à leurs fonctions vitales : nutrition, respiration, croissance et développement, reproduction, relation à l’environnement.
- La valeur sentimentale : certains objets rappellent des souvenirs, une époque ou une personne. Ainsi, le site Mneseek peut agir en tant que support mémoriel : Il permet d’une part de mettre en valeur nos expériences culturelles passées et présentes (et pourquoi pas futures), de se les remémorer ; d’autre part, on peut affirmer que le fait de retrouver après un certain temps des éléments qui nous ont touchés (liens etc), peut être 1 an, 2 ans, 10 ans après, est en soi appréciable.
- La valeur patrimoniale : nous touchons là à un aspect essentiel du projet Mneseek : la création d’une base de connaissance, d’une encyclopédie collective d’un nouveau genre, d’un bien commun.
- La transmission : transmettre aux autres dans le temps ses connaissances, ses coups de coeur… Mise en valeur et préservation d’un patrimoine culturel.
- Le lien social : toutes proportions gardées, le site Mneseek agit comme un réseau social. Certaines fonctionnalités comme le post de commentaires, le partage ou l’envoi de messages inter-utilisateurs y contribuent.
- Le sentiment de progression : compléter une série ou atteindre un objectif procure une satisfaction particulière. Sur Mneseek, on peut faire évoluer ses propres colections ainsi que les collections du site à tout moment, dans une sorte de travail collectif.
Faire des collections a à voir avec le plaisir de la répétition et de la variation (Voir notamment le livre "Différence et répétition" de Gilles Deleuze) ainsi qu’avec la psychanalyse. En psychanalyse, le fait de collectionner peut être envisagé comme un comportement qui prend une fonction psychique particulière. Il n’existe pas une interprétation unique : tout dépend de ce que la collection représente pour le sujet :
• Maîtriser la perte et le manque : collectionner peut être une manière de rassembler, conserver et retenir des objets, comme si l’on cherchait à lutter contre la disparition ou la perte.
• Contrôler et ordonner : classer, compter, ranger et compléter peuvent donner un sentiment de maîtrise face à quelque chose qui, psychiquement, est vécu comme incertain ou chaotique.
• Le rapport à l’objet : dans une perspective freudienne, l’objet collectionné peut être investi bien au-delà de sa valeur matérielle. Il peut devenir le support d'un désir, d'un souvenir ou d'un attachement.
• Le désir de compléter : une collection est rarement définitivement terminée. Il manque toujours « le prochain objet ». Cela peut être rapproché de la logique psychanalytique du manque, qui entretient le désir.
• L'identité : « je collectionne X » peut contribuer à construire une représentation de soi et à donner une continuité à son histoire personnelle.
• La sublimation : certaines collections peuvent être une façon de transformer des pulsions ou des préoccupations psychiques en une activité socialement valorisée : rechercher, conserver, étudier, classer, exposer.
• Le rapport à l'enfance : certaines collections prolongent un plaisir infantile de réunir, posséder et préserver des objets, mais cela ne signifie pas pour autant qu'elles soient pathologiques.
On peut donc résumer l'idée ainsi : collectionner peut être une manière de faire avec le manque, la perte et le désir, en transformant des objets dispersés en un ensemble que le sujet peut conserver, ordonner et investir.
Il faudrait étudier Freud, Lacan et Winnicott (notamment), ainsi que leurs différentes approches de la collection.
VII FOLKSONOMIES ET INDEXS
Une folksonomie, ou indexation personnelle, est "un système de classification collaborative décentralisée spontanée, basée sur une indexation effectuée par des non-spécialistes" (Source : Wikipedia). Il y aurait beucoup à dire sur les termes de "non-spécialiste" et d’"amateur"… Les folksonomies sont aussi une quête de sens. Sens, car il s’agit de sémantique : actions de langage, annotations, commentaires et expression… personnalisation de l’information.
On peut voir le site Mneseek comme une collection d’indexs.
L’indexation est un processus destiné à représenter, au moyens de termes ou indices d’un langage documentaire ou au moyen des éléments d’un langage libre, les notions caractéristiques du contenu d’un document (ressource, collection) ou d’une question, en vue d’en faciliter la recherche, après les avoir identifiées par l’analyse.
L’indexation est liée à la recherche d’informations et donc au gain de temps qu’elle peut rapporter dans cette recherche. Elle est le produit d’une analyse documentaire qui consiste à traiter le document pour le rendre plus accessible aux lecteurs (à ses utilisateurs) potentiels en les guidant dans leur choix par rapport à leur recherche et leur besoin d’information.
Dans l’article "Analyse documentaire" dans la rubrique "Vocabulaire de la doc" sur adbs.fr (L’association des professionnels de l’information et de la documentation), on trouve cette définition de l’indexation : Il s’agit d’une "opération intellectuelle visant à identifier les informations contenues dans un document ou un ensemble de documents et à les exprimer sans interprétation ni critique, sous une forme concise et précises telles qu’un résultat d’indexation, un résumé, un extrait. Le but est de permettre la mémorisation, le repérage, la diffusion ultérieure des informations ou du document source."
Cette définition exclut l’interprétation critique, pourtant il me semble, personnellement, qu’indexation et critique, commentaire, interprétation, peuvent aller de pair. Nous en reparlerons dans la section "Pour un web herméneutique".
Voir ANNEXE 1 : HISTOIRE DE L’INDEXATION ET DES METADONNEES
Le terme "folksonomie" est apparu il y a quelques années pour désigner le phénomène d’indexation des documents numériques par l’usager. On lui associe fréquemment le mot "tag" qui correspond à un mot clé qu’on attribue à une ressource numérique de façon librement choisie. On peut traduire l’expression "social tagging" par "indexation collaborative libre".
Les folksonomies confèrent aux usagers des moyens de traiter eux-mêmes l’information qu’ils reçoivent.
Sur le site Mneseek, nous pratiquons les folksonomies dans deux buts : le classement et le sens. Pour ce faire, nous étendons la notion de tag à tout énoncé. Une phrase, deux, un ensemble de phrases, peuvent donc jouer le rôle de tag…
Déjà Rabelais utilisait les listes, listes de livres, d’objets, de métiers ou de savoirs, qui pouvaient donner l’impression d’un véritable catalogue encyclopédique, mais elles sont souvent volontairement absurdes. Rabelais montre ainsi que le savoir doit rester associé à la curiosité et au plaisir. Il défend une connaissance large, critique et vivante, capable de former un homme autonome. L'encyclopédisme de Rabelais correspond à l'idéal humaniste d'un savoir universel, mais il ne consiste pas simplement à tout accumuler. C’est pourquoi, sur Mneseek, nous privilégions le dégagement du sens, l’accès au sens.
L’encyclopédisme devient donc un instrument de renouvellement pédagogique : il faut apprendre beaucoup, mais surtout comprendre et savoir utiliser ses connaissances, sa réflexion personnelle.
Les folksonomies confèrent aux usagers des moyens de traiter eux-mêmes l’information qu’ils reçoivent. Elles sont alors un des premiers moyens de "curation" du web, qui consiste dans le traitement de l’information de façon à en produire une sélection ou synthèse plus lisible. Tout peut alors se trouver indexé par l’usager : liens internet, photos...
Parmi les raisons qui peuvent pousser les individus à participer aux folksonomies, citons : pour retrouver ultérieurement ses documents (mnémotechnie), pour collaborer et partager, pour mentionner un aspect personnel, pour exprimer une opinion, pour le plaisir de ranger.
VIII UNE EXPERIENCE PERSONNELLE ET OUVERTE A TOUS
Mneseek est un site ouvert à tous. Pourtant, personnellemet, j’en ai fait progressivement une expérience de mémorisation de mes découvertes sur le web, sous le pseudonyme de Judo73. Ainsi, à l’heure actuelle, à peu près la moitié des liens internet du site ont été postés directement par moi, l’autre moitié a été postée par les quelques 135 contributeurs inscrits.
Se remémorer 10 ans plus tard une ressource mise de côté (archivée), la classer, puis finalement la traiter créativement est une expérience heureuse.
Pendant quelque 10 années, le site Mneseek a pour moi joué le rôle d’assistant culturel, de support mémoriel. Je l’utilise par exemple pour écouter la musique que j’aime, grâce aux lecteurs youtubes intégrés et à la section "Playlists youtube" qui permet d’écouter de la musique sur Youtube sans publicités.
On peut aussi parler de bloc note partagé au sujet du site Mneseek.
Dans son livre "Where Good Ideas Come From", Steven Johnson évoque à plusieurs reprises l'importance des carnets de notes ("notebooks" ou "commonplace books") comme outils favorisant l'émergence des idées, le fait de conserver des notes étant essentiel à la créativité. Les grandes idées commencent souvent comme des intuitions vagues ("slow hunches") qui mettent des mois ou des années à mûrir. Un carnet de notes permet de conserver ces intuitions avant qu'elles ne disparaissent et de créer un "réseau externe" d'idées. En notant observations, citations, questions et réflexions, on construit une mémoire externe. Avec le temps, des liens inattendus apparaissent entre des notes prises à différentes périodes. Ce n'est pas seulement écrire qui compte. Revenir régulièrement sur ses anciennes notes permet de combiner des idées qui semblaient sans rapport. Charles Darwin, par exemple, a rempli des cahiers d'observations pendant des années avant de publier sa théorie. On peut citer aussi John Locke et la tradition des commonplace books, où l'on rassemblait citations, idées et observations. L’essentiel est de capturer les idées, de pouvoir les retrouver, de les relier entre elles.
Cette vision a inspiré des méthodes modernes de prise de notes comme le Zettelkasten, les commonplace books numériques (par exemple avec Obsidian ou Logseq) ou encore les carnets papier de type bullet journal.
Mneseek est un bloc note de ce type (avec les avantages du numérique : retrouver l’information aisément, la classer et la reclasser, l’associer à d’autres informations, en faire le tremplin vers des découvertes…).
IX QUELS LIENS, QUELLES CONTRIBUTIONS, POUR QUOI FAIRE ?
Du classement des liens internet est née la possibilité de créer une base de connaissance d’un nouveau genre. Chaque page web contient des informations, des connaissances que l’on peut mettre à jour, traiter, sauvegarder, classer.
La question d’une politique éditoriale du site ne s’est pas posée directement. Ma liberté personnelle et la liberté des internautes a été la rêgle : chacun a pu indexer les liens qu’il souhaitait selon ses propres centres d’intérêt. Ainsi, certains se sont concentrés sur les plantes, d’autres sur le domaine de la philosophie, d’autres sur les chansons etc. Chaque utilisateur qui poste des liens a (lui seul) la possibilité de les modifier ou de les supprimer. Mais tous les utilisateurs peuvent se servir de tous les liens postés pour construire des ensembles plus grands (dossiers) ou pour en dégager du sens. Ce travail se fait dans le temps et de manière asynchrone. C’est à dire qu’un lien posté en 2015 peut servir à un dossier en 2025, posté par un autre utilisateur, alors qu’encore un autre utilisateur pourra "catégoriser" ce même lien à un autre moment etc. Les liens web (mais aussi les citations et les images) sont les briques de base du système encyclopédique Mneseek.
X INTERNET CREATIF – UNE PRATIQUE
Un internet créatif plutôt que passif - L'invention comme étude active
Indexer, commenter, annoter, catégoriser, organiser, hiérarchiser, créer, peuvent permettre à chacun de s'approprier la connaissance et surtout de mener sa propre réflexion afin de mieux comprendre la réalité. En cela, Mneseek propose une pratique, on sait que c’est en pratiquant la connaissance (par exemple en préparant des exposés dans l’enseignement) qu’on se l’approprie vraiment.
Ce dont l'on ne parle que très peu, c'est de l'utilisation d'internet, de l'expérience même de l'utilisateur d'internet et de ce qui peut être fait pour et par cette expérience. Or, il me semble bien que l'expérience internet est encore aujourd'hui limitée par rapport à son réel potentiel. Les potentialités d'internet en terme de pratique, en terme d'expérience d'utilisation peuvent encore être largement développées.
L'interactivité et ses puissances sont au coeur de l'expérience internet. Or, ce que doivent se dire les travailleurs du savoir, c'est qu'internet fournit à la fois l'encyclopédie potentiellement illimitée des savoirs et objets culturels (leur étiquetage et/ou leur présence physique), mais aussi les outils potentiels du travail sur ce savoir : exploration, modelage, transmission. Ces trois dimensions peuvent donner lieu à une pratique créative et prospective qui reste à définir.
Ce que nous proposons sur Mneseek, c'est de participer à cette exploration.
Prenons un exemple : Nous avons pensé avec ma soeur à mettre en ligne un "article" sur le bleu dans la peinture. Puis, plus tard, je me suis rendu compte que La Poste venait d’éditer un carnet de tiimbres "Le bleu dans l’art". Par ailleurs, ma tante Jacqueline, qui participe au site, m’a dit qu’elle avait eu l’idée d’organiser un atelier associatif sur ce même thème. On s’aperçoit donc que le thème en quesion est déjà traité hors du site, si bien qu’il pourrait être jugé inutile de passer du temps à écrire l’article que nous prévoyions. Pourtant, à postériori, écrire cet article nous a permis de faire certaines recherches très instructives, d’exercer nos talents d’écriture ou de réécriture, de transmettre notre intérêt pour le sujet, enfin d’accroître nos savoirs en matière de peinture. Il ne s’agit donc pas forcément d’être original mais plutôt d’exercer nos talents et de pratiquer la connaissance. "En faisant, se faire"
Tout ceci fait d'internet un terrain d'expérimentation intellectuelle global.
Maintenant que tout presque tout est accessible par internet, reste à traiter les éléments de connaissance qui sont le plus souvent bruts, reste à pratiquer la connaissance. Rendre utiles les contenus sur internet, rendre utiles les livres et les objets culturels en général.
De cette expérimentation intellectuelle, on peut déjà distinguer deux formes : une forme passive et une forme active. Simple "consommation" de contenus (youtube...) ou au contraire qui donne lieu à une action, à une production (mais le mode-consommateur d'internet est-il seulement passif, ne produit-il pas lui aussi des effets, lesquels ?). Cette action peut rester privée ou au contraire se faire sur le mode participatif par un ajout (le choix même de ses canaux de participation à internet par l'internaute pourraient d'autant faire l'objet d'une attention spéciale).
Internet et créativité. Créativité dans l’écriture bien sûr. Commentaires, notes, traitements, idées… mais aussi agencements multimédias, articles interactifs… Relier une image ou une citation à un énoncé ou à un lien internet peut être créatif, voire révolutionnaire.
Quand on pense à une encyclopédie, on pense en général à un discours didactique, opposé par principe à l'énonciation créatrice. Sur Mneseek, nous voulons associer didactisme et création personnelle.
Variations – Le site tel qu’il est conçu permet d’alterner micro-consultations, micro-tâches et temps plus long ; pratique culturelle (regarder, écouter, lire…) et travail sur la connaissance.
J’ai en préparation un article intitulé "50 façons (créatives) de participer au site Mneseek".
XI UN OUTIL, UN EDIFICE
Il s'agira de construire un édifice dédié à la connaissance, au sens et à leur pratique.
"Un jour qu'il passait devant un immense chantier de construction, un homme vit une foule de personnes dégoulinantes de sueurs qui transportaient des briques sous un soleil ardent. Il avisa l'un d'eux et lui demanda : "Qu'est-ce que vous faîtes ?". L'homme répliqua, d'un ton rogue : "Vous ne voyez pas ? Charrier des briques, c'est un boulot très pénible !" Il posa la même question à un deuxième ouvrier. Beaucoup plus placide que le premier, celui-ci rangea soigneusement les briques qu'il portait, et, après un dernier coup d'oeil à sa pile, répondit : "Je construis un mur." Il interrogea ensuite un troisième travailleur. Jovial et affable, ce dernier posa son fardeau, s'essuya le front et, relevant la tête, dit avec une grande fierté : "Nous bâtissons une église.", Yu Dan dans Le bonheur selon Confucius
XII LA CATEGORISATION – L'ENCYCLOPEDIE MNESEEK
Qu'est-ce que la catégorisation sur Mneseek ?
Il y a deux niveaux :
Le premier niveau est l'indexation (enregistrement) d'éléments culturels. Ces éléments peuvent être des liens web, des citations ou des images (on peut y ajouter la publication d'articles). Il s'agit d'une indexation simple, avec quelques caractéristiques de ces éléments (titre, thèmes, mots clés associés). Les éléments indexés sont donc sauvegardés et partagés sur le site.
Le deuxième niveau est une indexation plus poussée, que l'on nommera "catégorisation". Les éléments qui ont été enregistrés sont repris, et font l'objet d'une deuxième indexation (création d'indexs), qui cette fois-ci visera à enregistrer certaines caractéristiques de ces éléments, en général ce que l'utilisateur y trouve d'"intéressant" (ce qui pour lui est "saillant"). Les énoncés, sur lesquels je vais revenir, sont une de ces catégories créées.
[Pour effectuer une catégorisation, il suffit de cliquer sur le bouton "META" en dessous de la ressource à catégoriser]. Pour plus de données pratiques sur la catégorisation voir la page Mneseek mode d'emploi.
Par exemple, pour une image de la Tour Eiffel, nous pourrons indexer cette image en créant le couple "Monument" "La Tour Eiffel" et le couple "Lieu" "Paris". Cette opération aura pour effet de créer un index nommé "Monument" dans lequel sera rangé (et accessible) notre image, à la ligne "Tour Eiffel" ; et un index nommé "Lieu" dans lequel sera rangé l'image à la ligne "Paris". Au fil du temps, d'autres images/liens/citations traitant de monuments et de Paris pourront être indexés et venir grossir les index (listes) créés.
Chaque élément catégorisé forme un couple (Film : Les 400 coups ; Animal : La chouette hulotte ; Lieu : Japon) ou un sous-couple (Film : Les 400 coups > Réalisateur : François Truffaut)
Enfin, pour savoir quelles catégories ont été créées et les réutiliser, il existe avec chaque champ de formulaire de catégorisation un "cartouche" de recherche qui nous informe. Cela permet entre autre d'utiliser à chaque fois les mêmes orthographes pour ces catégories. Une page spéciale présente aussi toutes les catégories du site.
Ces deux opérations (l'indexation d'éléments culturels et leur catégorisation) peuvent être faites sur le site par n'importe quel membre inscrit. Si l'utilisateur s'aperçoit d'une erreur ou veut corriger ce qui a été posté, il lui est possible de modifier ces éléments. Un système d'historique des modifications (accessible par l'administrateur du site) permet éventuellement de revenir à des états antérieurs d'indexation.
L'articulation de ces opérations a plusieurs conséquences :
- La création d'une banque de ressources (éléments culturels), d’un corpus. Quelques 7000 liens internet ont déjà été enregistrés sur le site (Juin 2025), 200 images, 3000 citations, 70 articles. Ces ressources sont partagées sur le site, accessibles sur internet.
- La création d'index (listes) regroupés sous le terme d'encyclopédie signifiante du web et des objets culturels. Ces indexs recoupent en partie (et idéalement entièrement) les contours du domaine culturel : il y a des catégories courantes comme Films, Livres, Chansons, Lieux..., d'autres plus ténues : Parcs et jardins, Théories des mathématiques, Termes d'ébénisterie... Ces catégories décrivent un champ culturel particulier et peuvent être de toutes sortes. Il convient donc, pour les utilisateurs d'être créatifs en créant ces catégories (en les inventant en quelque sorte), comme de bien s'informer des catégories déjà existantes sur Mneseek.
Les indexs créés ne sont pas une fin en soi. C’est dans l’exploration ultérieure des catégories indexées que se situe l’acte, disons phénoménologique, de connaître. Ainsi, les ressources de base (pages web, citations, images) peuvent être réinvesties et participer à l’encyclopédie entière.
- Une ouverture sur la quête de sens. Avec les énoncés, nous n’indexons pas seulement des concepts mais des idées. Par ailleurs, il y a ouverture sur l’interprétation via les commentaires, les annotations, , les traitements… Voir la section "Pour un web herméneutique", plus bas.
XIII LES CATEGORIES
Commençons par une mise en abîme de ce que peut être la catégorisation, à travers un extrait d’un texte de Borges : Ce texte cite une "certaine encyclopédie chinoise" où il est écrit que "les animaux se divisent en a) appartenant à l'Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s'agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poil de chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent des mouches" (Michel Foucault, Les mots et les choses, 1966, p. 7).
La réflexion sur la notion de "catégories" suit peu ou prou l’histoire de la philosophie, d’Aristote à Kant notamment. Chez Aristote, les catégories servent à classer les différentes façons dont l'être peut être déterminé ou dont on peut en parler. Elles sont donc à la fois un outil de logique et une manière d'organiser la réalité. Les catégories correspondent à ce qui peut être dit d'une substance : Socrate est blanc (qualité), mesure 1,70 m (quantité), est à Athènes (lieu), etc.
Aristote distingue 10 catégories :
La substance — ce qu’est une chose en elle-même.
Ex. : un homme, un cheval.
La quantité — combien il y en a, ou quelle grandeur.
Ex. : deux mètres, trois kilos.
La qualité — comment une chose est.
Ex. : blanc, savant, courageux.
La relation — le rapport d’une chose à une autre.
Ex. : plus grand que, père de.
Le lieu — où se trouve la chose.
Ex. : dans le lycée, à Paris.
Le temps — quand elle se trouve dans un état ou accomplit quelque chose.
Ex. : hier, maintenant.
La position — la manière dont les parties de la chose sont disposées.
Ex. : assis, couché.
La possession / l'état — ce dont une chose est pourvue.
Ex. : être chaussé, être armé.
L'action — ce que la chose fait.
Ex. : couper, marcher.
La passion / le fait de subir — ce que la chose reçoit ou subit.
Ex. : être coupé, être frappé.
Aristote nous dit : Acceptez le classement en catégories - quitte à schématiser la réalité - et en échange vous pourrez poser des jugements et construire des raisonnements.
La taxinomie, quant à elle, désigne, étymologiquement, les lois (l’ordre) du classement. Elle fut d’abord considérée come la science du classement des êtres vivants (biologie). Elle est aujourd’hui utilisée pour désigner tout processus de classification des informations et des documents.
La catégorisation est une mise en cadre inévitable. Penser va de pair avec classer. (Lévi-Strauss).
Voir : ANNEXE 2 : LA CATEGORISATION – LES APPROCHES CLASIQUE ET RELATIVISTE
Sur Mneseek, les utilisateurs créent des catégories ou utilisent les catégories déjà créées sur le site. Chaque catégorie accepte des sous-catégories. Par exemple, la catégorie Film (par exemple Film – Les 400 coups) accepte comme sous-catégories les catégories suivantes : Réalisateur (Réalisateur – François Truffaut), Acteur, Actrice, Personnage, Chef-opérateur…
Voir : ANNEXE 4 : CATEGORIES ACTUELLEMENT PRESENTES SUR LE SITE MNESEEK (SEPTEMBRE 2026)
XIV LES ENONCES
Les énoncés sont une catégorie spécifique du site. Un ou des énoncés peuvent être attachés à n'importe quel objet du site : liens web, images, citations. Un énoncé est un texte, tout type de texte : simple mot, quelques mots, phrase (citation...), composition comprenant plusieurs phrases. Il forme une unité de base, une unité de sens.
Les énoncés peuvent être attribuables à des auteurs ou pas. Pour ce qui est des énoncés issus de livres, articles, conférences... il nous a semblé intéressant de partir des énoncés exacts, c'est à dire d'extraits (à la lettre) des ressources en question. En effet, la pensée d'un auteur peut se paraphraser, se résumer éventuellement (c'est ce que font beaucoup), mais on y perd énormément. Ce que nous désirons, c'est restituer cette pensée dans sa puissance d'énonciation (presque ligne par ligne) et en faire un outil intellectuel.
Par exemple, imaginons qu'un utilisateur indexe le lien vers une conférence. Il (ou quelqu'un d'autre) pourra extraire de cette conférence les énoncés qui lui paraissent pertinents et qu'il veut sauvegarder (ainsi que ses annotations et commentaires). En même temps qu'il indexe des énoncés, il peut indexer des "catégories d'énoncés", si bien que des énoncés peuvent aussi être des sous-énoncés d'autres énoncés.
Indexer des énoncés revient à isoler de petits bouts de pensée, qui peuvent ensuite faire l'objet de diverses opérations, comme il y a des opérations sur les liens. La première opération est la construction (automatique) d'un index des énoncés. A partir de cet index cliquable, on peut remonter pour chaque énoncé aux diverses ressources d'où il a été extrait, aux catégories d'énoncés auxquels il est attaché, aux divers commentaires, contextualisations et traitements qui lui sont attachés.
Il faut dire à ce niveau que l'activité de catégorisation sur Mneseek n'est pas seulement un enregistrement des caractéristiques des objets étudiés (liens, images, citations). A cela s'ajoute à chaque étape la possibilité pour l'utilisateur d'adjoindre des commentaires, qui peuvent eux-même être commentés..., voire de produire des textes en tous genres (théoriques...). A l'indexation, on adjoint l'expression.
Pour chaque énoncé correspond une page spécifique sur le site, accessible depuis l'index des énoncés.
Les commentaires et anotations ajoutés à chaque énoncé par les utilisateurs peuvent se superposer : c'est à dire qu'il suffit, dans la case correspondante, de superposer des textes. Par exemple, on aura :
"
Je trouve cette idée intéressante... (JG)
Je ne suis pas d'accord... (Gilles)
etc...
"
Ces commentaires s'affichent sur la page correspondant à chaque énoncé. De même pour la sous-catégorie "Contextualisation" : il s'agit là d'expliquer de quelle manière l'énoncé en question est traité dans la ressource.
Enfin, le "traitement" des énoncés est une étape supplémentaire, qui permet aux utilisateurs de lier des textes divers, des textes de synthèse par exemple, à chaque énoncé. On y accède sur la page de chaque énoncé, en haut. La mention du pseudo de l'utilisateur entre parenthèses permet de retrouver qui a dit quoi…
Classement des énoncés – La premières opération possible sur les énoncés enregistrés est de les classer. Certaines pages jouent d’ores et déjà ce rôle : Tous les énoncés, Catégories d’énoncés, Classement alphabétique des énoncés, Enoncés les plus dcoumentés, Enoncés traités, Enoncés en anglais, Enoncés interrogatifs, Recherche dans les énoncés par mots clés.
D’autres classements sont possibles : Enoncés les plus commentés, Enoncés associés (Paix, Harmonie...), (l'étude, le sens, l'intelligence, la connaissance, le savoir...), Enoncés préférentiels ou formes canoniques (énoncés utilisée en priorité sur le site au sujet d’une question, d’un concept…).
Une extension possible serait de classer les énoncés par types.
En linguistique, les énoncés sont des productions orales ou écrites qui véhiculent un message. Ils se classent en différents types selon leur forme, leur intention, ou leur fonction dans la communication. Voici une typologie des énoncés les plus courants :
1. Énoncés déclaratifs
• Définition : Ces énoncés servent à affirmer ou nier quelque chose. Ils énoncent un fait, une opinion, ou une observation.
• Forme : Une phrase généralement simple ou complexe.
• Exemples :
◦ "Il pleut aujourd'hui."
◦ "Je n'aime pas le café."
2. Énoncés interrogatifs
• Définition : Ils visent à poser une question pour obtenir une information ou une confirmation.
• Types d’interrogations :
- Interrogation totale (réponse par oui/non) : "Est-ce que tu viens ?"
- Interrogation partielle (avec un mot interrogatif comme pourquoi, comment, où) : "Où vas-tu ?"
- Interrogation indirecte : "Je me demande où il est."
3. Énoncés injonctifs
• Définition : Ils expriment un ordre, une demande, un conseil ou une interdiction. L'objectif est d'inciter une action.
• Forme : Utilisation fréquente de l'impératif, de l'infinitif ou d'autres tournures.
• Exemples :
- "Ferme la porte !"
- "Veuillez patienter."
- "Ne pas fumer."
4. Énoncés exclamatifs
• Définition : Ils expriment une émotion forte (joie, colère, surprise, regret, etc.).
• Forme : Souvent marqués par des points d’exclamation et des mots exclamatifs (quel, comme, que, etc.).
• Exemples :
- "Quelle belle journée !"
- "Comme c'est étrange !"
5. Énoncés performatifs
• Définition : Ces énoncés réalisent une action en étant prononcés. Ils ne se contentent pas de décrire, mais effectuent une action linguistique.
• Caractéristique : Ils sont souvent formulés à la première personne, au présent.
• Exemples :
- "Je déclare la séance ouverte."
- "Je te pardonne."
6. Énoncés narratifs
• Définition : Ils rapportent des événements ou des actions dans un ordre chronologique ou logique.
• Exemples :
- "Hier, je suis allé au marché, et j'ai acheté des pommes."
- "Il était une fois un royaume enchanté."
7. Énoncés hypothétiques
• Définition : Ils expriment une condition ou une supposition, souvent introduite par des termes comme "si", "au cas où", "dans l’hypothèse où".
• Exemples :
- "Si j'avais su, je ne serais pas venu."
- "Au cas où il pleuvrait, prends un parapluie."
8. Énoncés argumentatifs
• Définition : Ils visent à convaincre ou persuader en avançant des arguments et des justifications.
• Exemples :
- "Il faut voter, car c'est un devoir citoyen."
- "Je pense que cette décision est injuste, parce que..."
9. Énoncés descriptifs
• Définition : Ils décrivent des objets, des lieux, des personnes ou des situations en donnant des détails.
• Exemples :
- "Le ciel est bleu avec quelques nuages."
- "La maison était grande et entourée d'un jardin fleuri."
10. Énoncés implicatifs (ou sous-entendus)
• Définition : Ils ne disent pas explicitement l'information mais la laissent comprendre à travers le contexte.
• Exemples :
- "Il commence à se faire tard." (sous-entendu : il est temps de partir).
- "Tu as encore oublié tes clés, n’est-ce pas ?" (sous-entendu : c’est une habitude).
11. Énoncés dialogiques
• Définition : Ils s'inscrivent dans un échange interactif où les locuteurs réagissent les uns aux autres.
• Exemples :
- A : "Tu viens ?"
- B : "Oui, dans cinq minutes."
D’autres types d’énoncés sont isolables, notamment de manière thématique : philosophiques (éthiques...), historiques, scientifiques, littéraires, poétiques…
Le projet Mneseek en tant qu'encyclopédie se présente, dans quelque état qu'on le prenne, comme un immense système d'énoncés. Ces énoncés (de même que les citations qui sont des énoncés particuliers), qui sont issus des éléments ou des oeuvres mêmes, en sont en quelque sorte extraits, isolés. Il y a là une force de l'énonciation qui dépasse celle de la logique. En décontextualisant les énoncés, on les potentialise et on les amplifie.
Les différents éléments (liens, images, citations) peuvent alors agir comme illustrations ou déclinaisons.
On touche aussi à l'idée de constellation sémantique. La tâche de l'utilisateur sur Mneseek sera de reconstituer ces constellations de sens au regard de tel ou tel énoncé.
Prendre les énoncés là où ils sont
"Si la connaissance est notre objectif, des énoncés simples doivent être plus appréciés que des énoncés moins simples parce qu'ils nous disent davantage, parce que leur contenu empirique est plus grand et qu'il est plus facile de les soumettre à des tests.", Karl Popper
Quelques exemples d’énoncés tirés du site Mneseek :
Le futur
L'irrationnel, une source inépuisable d'inspiration
A beautiful symphony of brotherhood
L'admiration n'est-elle pas l'exact opposé de la jalousie ? J'ai remarqué à de nombreuses reprises que dès que je croisais une personne admirable, mon regard sur le monde s'éclaircissait
L'accueil
Joie et acceptation
La langue japonaise omet volontiers, lorsqu'ils sont évidents aux locuteurs, le sujet et les compléments de toutes sortes (compléments d'objet direct, second ou indirect, complément circonstanciels de lieu ou de temps etc.)
Liberté, égalité, fraternité
SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. ENCYCL. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie.
Les saisons
Le savoir que l'on ne complète pas chaque jour diminue tous les jours.
Se souvenir
Objets, avez-vous donc une âme ?
On pourrait faire la psychanalyse des objets techniques
La magie de l'instant
Make it happen
Les minorités
Le modèle analogique est construit à partir du transfert d'unités (termes, traits, dimensions...) d'un contexte dans un autre : par exemple, expliquer la société à partir du modèle du corps humain ou du mécanisme d'une machine
XV LE TRAITEMENT
Qu'est-ce que le traitement, que peut être un traitement des ressources indexées ?
On peut dire que l’indexation en elle-même constitue déjà un premier traitement. En outre, toute mise en contact cognitive entre un utilisateur et ladite resssource ou connaissance, en tant qu’elle a un effet sur la psychée de ce dernier, entraîne un traitement. Du traitement des liens au traitement des autres objets du site, le traitement peut être infini.
Le traitement de documents va du visionnage, écoute ou lecture d’un document jusqu'à l’extraction de connaissances concernant ledit document et à leur utilisation : synthèse, textes divers, agencements... Autant dire qu’elle peut déboucher sur tout type d’utilisation créative…
Le traitement des éléments catégorisés : tous les objets culturels mis à jour sur le site (par exemple Enoncé | Gravité de l’enfance ; Film | Les 400 coups ; Animal | La chouette hulotte) peuvent être "traités"
Pour chaque élément catégorisé (dont les énoncés), un cartouche de traitement est placé en haut de page, au dessus de la documentation relative à l’élément. Ce cartouche peut contenir plusieurs textes, jusqu’à un nombre important, écrits par les contributeurs.
Il y a des types de traitements.
XVI VERS UNE SCIENCE DES IDEES
Un horizon apparait, celui d’une science des idées.
Déjà au XVIIIème siècle, l’Idéologie, telle que formulée par Destutt de Tracy, désigne une telle science. Son objectif est d’étudier l’origine, la formation et l’enchaînement des idées humaines de manière scientifique. Pour lui, les idées ne sont pas des réalités mystérieuses ou innées : elles résultent des sensations et de l’activité de l’esprit qui les transforme. L’Idéologie appartient ainsi au projet des Idéologues, qui cherchent à appliquer l’esprit des Lumières et une méthode empirique à l’étude de la pensée. Tracy considère également que l’étude des idées peut avoir des conséquences pratiques : mieux comprendre la pensée permet de mieux comprendre l’action humaine, la morale, l’éducation et la société.
Une des tâches prochaine sur le site Mneseek sera sans doute de préciser les relation que notre projet entretient avec l’Idéologie (dans le sens de science des idées)…
… Ainsi que ses relations avec les sciences du langage :
D’une manière générale, il nous faudra mener un travail sur le sens, à travers la sémantique ("Etude du sens des mots et des énoncés.", Wikipedia) et l’articulation signifiant/signifié (Ferdinand de Saussure). Au début du XXème siècle, une "sémantique structurale" apparaît : ce qui définit un mot est son rapport aux autres mots. Il nous faudra aussi étudier les linguistiques cognitives (la pensée façonne le langage, "l’idéogenèse" c’est à dire la genèse de l’idée...)
L’étude grammaticale des énoncés (et la grammaire en général : de la grammaire générale de Port Royal aux grammaires génératives – Chomsky -, fonctionnalisme...) pourra ausi être une ressource (on peut penser à un classement morphologique des énoncés, grammatical…).
Autres lignes de fuite : la sémiologie (science des signes) et les sciences de l’information et de la communication en général.
Déjà, nous avons systématisé la production d’énoncés dérivés de certains termes : si vous effectuez sur le site une recherche d’énoncés en tapant "savoir" ou "rêve", vous pouvez accéder à l’ensemble des sous-énoncés (sur le site) formés à partir de ces deux termes : le savoir-être, les savoir-faire… On aboutit donc à une liste de toutes les locutions (présentes sur le site) formées à partir de ces deux énoncés (ainsi qu’à leurs illustrations) et finalement à une description possible de la langue…
Quelques pistes :
Liens entre les mots et énoncés - La signification d’un mot, d’un signe ou d’un concept est toujours définie par sa relation à d’autres mots, signes ou concepts.
Saussure avait montré que la langue est un système de différences. Le sens d’un mot (signifiant) n’est pas déterminé par une relation directe avec une réalité extérieure, mais par sa distinction par rapport à d'autres mots dans le système linguistique. Derrida élargit cette idée à tout signe : Un mot ou un signe tire son sens d’une "différance" (avec un a) dans l’espace, c’est-à-dire par sa position dans un réseau de relations avec d'autres éléments. Par exemple, le mot « chat » a du sens en opposition à des mots comme "chien", "rat" ou encore à "laisse". Derrida parle d’un "jeu" ou d’un mouvement incessant dans les relations entre les signes. Un mot ou un signe conserve une trace des autres termes auxquels il est relié. Cette trace est une marque de l'absence de ces autres termes, qui sont pourtant nécessaires pour constituer le sens du signe présent.
D'où l'intérêt, pour un mot donné, d'en examiner les synonymes, les antonymes et plus généralement le champ lexical.
Définitions, synonymes, antonymes, champ lexical et sémantique - On constate qu'un mot ou concept donné peut correspondre à plusieurs définitions. En s'attachant quand faire se peut à son contexte (par exemple pour "rester sauvage", le contexte de sauvage est son adjonction au verbe rester, qui crée immédiatement une certaine représentation ou certaines définitions du terme sauvage sont absentes), on opérera une sélection des définitions opératoires ainsi que des synonymes, antonymes, éléments du champ lexical (pour les énoncés, par exemple les énoncés liés les plus pertinents que l'on peut produire de proche en proche (Wittgenstein).
Mécanique de la pensée : concept/stéréotype/paradigme - Pour le site Mneseek, nous avons pensé, mon ami Sylvain et moi, que le mieux serait de partir d'une unité de base : l'énoncé.
Tout élément textuel se présente comme un énoncé. Une citation, un mot, plusieures lignes de texte sont des énoncés.
Mes lectures m'amènent aujourd'hui à complexifier cette idée. Si je comprends bien, parmi les énoncés il y a les concepts (exemple : le restaurant). Ensuite vient le stéréotype qui est un jugement minimal. Par exemple : le climat de l'Islande est froid, les banques sont riches. A l'autre extrémité, il y a les paradigmes qui sont des cadres tellement grands qu'on n'en voit plus les contours, qu'on en oublie parfois l'existence. Par exemple : une Europe sans conflit armé. "Entre les extrêmes, il existe d'innombrables schémas, structures, matrices et autres grilles de lecture."
Ceci devrait nous aider dans l'appréhension de ce que nous avons fait et faisons sur le site Mneseek.
Une idée serait de classer les énoncés sur Mneseek selon ces trois cadres : concept/stéréotype/paradigme. Mais qu'en est-il de ces "innombrables schémas et structures" intermédiaires entre stéréotype et paradigme ?
Un énoncé présent sur Mneseek comme "Gravité de l'enfance" peut ainsi être mieux défini. Il s'agit de toute évidence d'un stéréotype puisqu'il s'agit d'une caractérisation du concept de l'enfance. L'affirmation qui sous-tend cet énoncé est cet autre énoncé : "Il peut y avoir une gravité à l'enfance" ou encore "L'enfance peut être grave".
Plus exactement, les divers exemples d'énoncés semblent se répartir selon un continuum entre le stéréotype et le paradigme.
Enoncés préférentiels - Peut-on rester sauvage ?, Pourquoi rester sauvage ?, Pourquoi nous faut-il rester sauvages ?... Classer de manière pratique les éléments qui traitent de la sauvagerie demande d'adopter une seule catégorie la concernant, d'où l'adoption d'énoncés dits préférentiels. Par exemple, ici, l'énoncé unique et générique "Rester sauvage" sera utilisé en lieu et place de tous les énoncés traitant de la possibilité, de l'utilité... de rester sauvage.
Par ailleurs, un énoncé peut être présenté de manière analytique ou poétique. Par exemple, il existe un dossier sur Mneseek qui s'appelle "J'entends à nouveau la guitare" et qui contient des choses relatives à la guitare, par exemple des liens vers des chansons où la guitare joue un rôle particulier et remarquable. L'énoncé "J'entends à nouveau la guitare" remplace ici de manière poétique le concept même de "guitare" (en fait, il s'agit du titre d'un film de Philippe Garel). On l'utilisera de manière préférentielle, pour des raisons esthétiques.
Une activité de regroupement de certains énoncés dans un énoncé préférentiel sera parfois utile.
Edgard Morin et l’écologie ds idées - L’idée d’Edgard Morin est que les idées ne vivent pas isolément. Elles se développent dans un milieu — culturel, social, historique, politique et scientifique — qui les nourrit, les transforme ou les fait disparaître. De la même manière qu’un écosystème est constitué d’interactions entre des êtres vivants, une culture est constituée d’interactions entre des représentations, des connaissances, des valeurs, des mythes et des croyances. Les idées interagissent. Une idée peut en renforcer, contredire ou transformer une autre. Les idées ont un environnement. Elles dépendent des institutions, des médias, de l'éducation, des technologies et des structures sociales dans lesquelles elles circulent. Une idée peut produire des effets imprévus. Une représentation conçue pour expliquer le monde peut ensuite contribuer à modifier les comportements et donc le monde lui-même.
Il faut préserver la diversité intellectuelle. Une « monoculture » des idées peut rendre une société moins capable de comprendre la complexité et de s'adapter.
Les idées peuvent devenir autonomes. Morin insiste notamment sur le fait que les humains produisent des mythes, des théories et des idéologies, mais que ceux-ci peuvent ensuite exercer en retour une influence sur leurs producteurs. Nous sommes à la fois les producteurs de nos idées et, en quelque sorte, produits par elles. Il y a donc une relation récursive entre l'individu, la société et les systèmes d'idées.
L'« écologie des idées » conduit Morin à se méfier des systèmes qui prétendent posséder une explication unique et totale du réel. Comprendre un phénomène suppose plutôt d'observer les relations entre différents niveaux : biologique, psychologique, social, économique, culturel, historique, etc.
Ceci est cohérent avec son principe de complexité : complexus signifie étymologiquement « ce qui est tissé ensemble ». Une idée n'est donc pas seulement vraie ou fausse indépendamment de tout contexte ; il faut aussi comprendre dans quel réseau de relations elle prend sens et quels effets elle produit.
XVII MNESEEK ET L’ENCYCLOPEDISME
L’encyclopédisme a une longue histoire, de Pline l’Ancien et Aristote, jusqu’à Wikipedia et Mneseek.
Je conseillerais de visiter la page consacrée à l’énoncé "L’encyclopédisme" sur le site Mneseek. Elle regroupe un ensemble d’éléments historiques, théoriques…
voir : ANNEXE 3 : QUELQUES FIGURES DE L’ENCYCLOPEDISME MODERNE : PAUL OTLET, VANNEVAR BUSH, THEODORE NELSON, RALPH WALDO EMERSON
Mneseek est une encyclopédie ouverte, universelle, par définition incomplète. C’est une sorte de pan-encyclopédie, dans le sens où toutes les catégories possibles et imaginables, et donc tous les objets intellectuels, peuvent y avoir leur place. Les catégories "Animaux" ou "Lieux" côtoient les catégories "Thermes horticoles" ou "Instruments de musique". Chaque utilisateur peut augmenter le nombre de ces catégories ou participer à leur développement. La catégorie "Enoncés" est quant à elle une catégorie transversale qui assure la fonction de sens ; la catégorie "Commentaire" permet aux utilisateurs d’ajouter leurs propres intermrétations, questions...
XVIII AGENCEMENTS
Dans le projet Mneseek, l'indexation d'éléments comme les liens, les citations et les images, permet à postériori de présenter les informations indexées selon différentes "vues" ou agencements. Tout d'abord, disons que chaque élément indexé peut lui-même devenir un point de départ. Par exemple si j'indexe une bande annonce de film en entrant que le réalisateur du film est François Truffaut, François Truffaut peut lui-même être un point de départ pour une page présentant tous ses films... Chaque page de présentation est un agencement d’éléments à propos d’un item : un énoncé, un film, un livre, un animal, un mouvement philosophique...
Par ailleurs, chaque élément catégorisé peut faire l'objet d'un "traitement". L’idée est que le traitement est toujours provisoire...
Chaque page de catégories présente une liste chronologique (par chronologie d'indexation) des éléments répondant à cette indexation. Cette chronologie permet de modifier éventuellement l'ordre des éléments présentés.
Il y a aussi éventuellement un espace pour la présentation par "chat gpt" de l'item. Autre élément d'agencement : la présentation sur fond noir (lightbox) sur le clic des images.
Enfin, chaque élément indexé (liens, citations, images) doit pouvoir être ré-indexé en situation, c'est à dire modifiable sur la page même où il est présenté. Il y a aussi une différentiation entre les pages d'index et les pages des catégories. Voilà le système d'agencement tel qu'il fonctionne. D'autres agencements sont possibles et à déterminer...
Ceci permet de mettre en contact au niveau de leurs significations divers éléments d'information, divers objets : liens web (et donc toute page web multimédia : texte, image, vidéo, son), citations, images d'une part, catégories d'autre part : lieu, personnalité... avec l'utilisation de la catégorie "énoncés" comme support de base du sens. La catégorie particulière "Catégorie d'énoncés" permet d'introduire un niveau méta dans les énoncés.
XIX POUR UN WEB HERMENEUTIQUE
Bernard Stiegler et ses collaborateurs ont développé dans les années 2005-2018 au sein de l’IRI (Institut de Recherche et d’Inovation) l’idée d’un web herméneutique. Selon cette conception, les savoirs humains reposent sur des interprétations, des controverses, des points de vue contradictoires. La structuration du savoir (sur le web) doit donc prendre en compte ces questions et permettre de garder la trace des éléments de savoir que sont les interprétations. L'IRI a donc développé l'idée d'un web où les utilisateurs produisent des annotations interprétatives plutôt que de simples métadonnées descriptives.
Concrètement, cela signifie :
• annoter un texte, une vidéo ou un cours...
• relier ces annotations entre elles...
• conserver les différentes lectures d'un même document...
• favoriser le débat plutôt que rechercher une unique interprétation correcte...
Le site Mneseek se situe dans la continuation de ces avancées (un web organisé autour du dialogue interprétatif, l’herméneutique reposant sur la compréhension mutuelle)
On touche là au rapport entre sens et vérité. Pour la question du sens, on peut dire que toute pensée interprétative a pour but d’expliquer, éclairer, expliciter un texte ou une pensée. Cependant, le sens n’est pas une garantie de la vérité. Ainsi prennent leur intérêt les différentes interprétations et leurs relations.
Le site Mneseek met en œuvre des mécanismes d’interprétation des contenus et de confrontation des différentes interprétations (notamment avec la catégorie des « commentaires », mais aussi avec les « annotations »...), dans un but de pluralisme et dans un rapport au sens. Le but : préserver la nuance, la complexité, l’explication, la subtilité, les interprétations multiples, les lectures alternatives.
Par ailleurs, avant même l'explication, le premier niveau de l'interprétation est la présentation. Présenter des textes, des idées, des éléments de discours. C'est ce que font certains sites. Par exemple, si vous cherchez sur Google le second manifeste du surréalisme, vous trouverez, un peu perdu au milieu de sites commerciaux, des sites qui rendent physiquement le texte accessible. Présenter, rendre accessible.
Déjà, le choix et la volonté de présenter certains textes, certains éléments de discours plutôt que d'autres est un acte signifiant, politique et témoigne d'intentions philosophiques particulières. Pourquoi choisir de présenter certains extraits des deux manifestes du surréalisme ? La réponse à cette question semble bien intéressante. Au final, c'est une philosophie qui prend forme.
La question de la traçabilité - Une des particularités du web herméneutique est l’exigence de traçabilité des informations. Sur le site Mneseek, même si les éléments sont décontextualisés, ils restent traçables car référencés, c’est à dire que l’on peut remonter à leur source. Les citations d’un auteur, les extraits d’un livre ou d’un site web sont traçables.
XX ETUDE, SAVOIR ET INTERPRETATION DES OEUVRES
"Le seul monde qui puisse satisfaire le désir d'infinité de l'homme, c'est celui de la connaissance, de la compréhension et de la sagesse.", Idriss Aberkane, dans "L'âge de la connaissance"
"Découvrir les oeuvres, échanger les savoirs, partager les cultures entre les générations, les métiers, les communautés et les peuples est, à l'horizon du possible, la seule alternative heureuse au capitalisme pulsionnel.", Philippe Meirieu
"Se saisir de ce qui, dans les oeuvres humaines, étanche notre propre désir de comprendre.", Philippe Meirieu
"Du fond des siècles, les sages nous sourient, nous considèrent en silence, tandis que nous continuons à récolter les fruits de leurs paroles.", Yu Dan, dans "Le bonheur selon Confucius"
"Cette fuite se dirigeant vers le sommet (qu'est, dominant les empires eux-mêmes, la composition du savoir) n'est que l'un des parcours du labyrinthe. Mais ce parcours qu'il nous faut suivre de leurre en leurre, à la recherche de l'être, nous ne pouvons l'éviter d'aucune façon.", Georges Bataille, dans "L'expérience intérieure"
"Les progrès du savoir sont essentiellement la transformation d'un savoir antérieur.", Karl Popper, dans "Des sources de la connaissance et de l'ignorance"
"On peut trouver du plaisir dans l'intelligence alors que toute la société dit qu'il faut prendre son pied et ne pas se prendre la tête.", Philippe Meirieu, dans "Le plaisir d'apprendre"
"C'est grâce à la rencontre des oeuvres de cultures que l'individu parvient à relier son expérience singulière à une universalité qui s'ébauche.", Philippe Meirieu, dans "Le plaisir d'apprendre"
"La connaissance libère.", Philippe Meirieu, dans "Le plaisir d'apprendre"
"Entrer dans l'intelligence des choses", Philippe Meirieu, dans "Le plaisir d'apprendre"
"Le formidable pouvoir émancipateur des oeuvres humaines", Philippe Meirieu, dans "Le plaisir d'apprendre"
"La rencontre souvent imprévue et toujours fabuleuse de notre intelligence et de l'intelligibilité du monde.", Philippe Meirieu, dans "Le plaisir d'apprendre"
Tout dépend de ce que l'on fait des ces rencontres, de ces chances, de ces opportunités qui arrivent (sérendipité)
XXI INDEXATION ET INVENTION – MNESEEK ET LA NON-PHILOSOPHIE
Le projet Mneseek entretient des relations (qui sont à développer) avec la théorie de la Non-Philosophie. Cette discipline créée par François Laruelle est aujourd’hui portée par l’ONPhI (L’Organisation Non-philosophique Internationale).
La pratique non-philosophique est un appel à la créativité de chacun, notamment au travers des philo-fictions et de l’hyperspéculation… A titre d’entrée en matière, on peut indiquer que la Non-philosophie pose l’équivalence des énoncés philosophiques...
L’indexattion d’énoncés sur le projet Mneseek – chacun indexe ce qui est saillant pour lui On pourrait rapprocher cette indexation à l’idée d’unilatéralisation chez François Laruelle…
https://onphi.org/
XXII PHILOSOPHIE MNESEEK
"À quoi tenons-nous ? Quelles sont nos " pierres d'angle ", ces principes auxquels nous sommes attachés presque à notre insu ? La dignité humaine, la conscience personnelle, le projet d'amélioration du monde, la quête de la vérité.", Chantal Delsol, dans "Les pierres d'angle"
Voir l’article "Philosophie Mneseek"
XXIII LA QUESTION DES DROITS D’AUTEURS
Toutes les images se trouvant sur le site Mneseek sont des images qui ont été achetées ou des images libres de droits. Les images Wikimedia Commons utilisées sont des images du domaine public ou bien des images sous licence "Attribution", c’est à dire qu’elles sont accompagnées du nom de leur auteur ainsi que d’un lien vers leur page Wikimedia.
Quant aux liens et aux éléments textuels, leur utilisation sur le site Mneseek correspond, juridiquement aux droits suivants :
- Autorisation des liens vers des oeuvres déjà en ligne
- Autorsation des liens en framing (Youtube…) : Mneseek n’héberge pas ces vidéos ou contenus, et n’en gère pas les droits
- le droit à l’information du public
- la libre communication des pensées et des opinions
- exceptions au droit d’auteur : exception pédagogique, exception de conservation et d’étude, exception d’actualité, exception pour la recherche
Nous revendiquons le droit d’user des textes comme de matériaux. Matériaux pour des agencements nouveaux et pour toute opération.
XXIV MNESEEK ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Pour des questions documentaires, le recours à l’Intelligence Artificielle (Chat GPT...) s’entend. J’ai implémenté quelques modules d’IA sur le site, à titre expérimental :
1. sous chaque citation : développement de la citation + Dans la culture (donne des exemples illustrant cette citation dans la culture : films, livres…) + Opinion inverse (argumente l’opinion inverse de la citation)
2. Page auteur (citations) : petite biographie de l’auteur
3. Page Enoncé : développement de l’énoncé + Dans la culture (donne des exemples illustrant cet énoncé dans la culture : films, livres…) + Opinion inverse (argumente l’opinion inverse de la citation)
4. Page Personnalité : Petite biographie de la personnalité
5. Page Réalisateur : Petite biographie du réalisateur
Cette utilisation ponctuelle des résultats de l’IA (Chat GPT) pourra être développée, ainsi que d’autres utilisations...
D’une manière générale, le domaine du traitement du langage naturel (programmation informatique) sera à explorer.
XXV LES VERSIONS LINGUISTIQUES DU SITE MNESEEK
Le site Mneseek se décline pour l’instant en français et en anglais. Un dispositif de traduction des éléments du site a été mise en place et pourra servir à ajouter facilement des versions dans différentes langues.
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Pour finir, voici quelques citations qui correspondent à notre sujet. Autant de portes vers des dimensions à explorer...
"L'activité est mère de la prospérité.", Proverbe français
"Si ce n'est pas amusant, ne le fais pas"
"La question urgente que nous devons nous poser, si nous voulons vivre lucidement cette seconde Renaissance, c'est de savoir quelle y sera notre place, quelle sera notre pierre à cette cathédrale intellectuelle, économique, politique, artistique, scientifique, commerciale, philosophique... et sociale.", Idriss Aberkane, dans "L'âge de la connaissance"
"Il n'est permis d'affirmer qu'en géométrie.", Voltaire, dans "Dictionnaire philosophique"
"Tu sais, penser est le deuxième plus belle chose du monde. La plus belle est la poésie. S'il existait une pensée poétique et une poésie pensante, ce serait le paradis", Pascal Mercier
"La vie s'achève, mais le travail jamais.", Proverbe arabe
"Celui qui ne bâtit pas grand ne fait pas confiance à l'avenir."
"Est-ce que tu es préparé ? Que fais-tu contre le foisonnement ?", Henri Michaux
"Principe de multiplicité et d'emboîtement des échelles : L'hypertexte s'organise sur un mode "fractal", c'est à dire que n'importe quel noeud ou n'importe quel lien, à l'analyse, peut lui-même se révéler composé de tout un réseau et ainsi de suite, indéfiniment, le long des degrés de l'échelle de précision", Pierre Lévy
"Les modes de connaissance inédits qui émergent de l'utilisation des nouvelles technologies intellectuelles à support informatique", Pierre Lévy
"Traduire d'anciens savoirs dans de nouvelles technologies intellectuelles revient à produire de nouveaux savoirs", Pierre Lévy
"Jusqu'à maintenant, on a surtout imaginé et construit des mondes virtuels qui étaient de simples simulations d'univers physiques réels ou possibles. Nous proposons de concevoir des mondes virtuels de signification ou de sensations partagées, l'ouverture d'espaces où pourront de déployer l'intelligence et l'imagination collective", Pierre Lévy
"On reste aveugle aux différentes possibilités que les nouveautés techniques offrent au devenir humain, possibilités dont l'entier éventail est rarement perçu, et qui devrait faire l'objet de délibérations, de choix, de jugements de goûts, et pas seulement de la part des spécialistes des machines", Pierre Lévy
"La "théorie de l'information" n'est en fait qu'une approche mathématique de la transmission et de la circulation des messages. Elle a donné lieu à des raffinements et à des transpositions parfois très subtils. Cependant, avec les instruments quantitatifs et les concepts qu'elle a élaborés, on n'est jamais parvenu, même de loin, à traiter de la signification, au sens le plus ordinaire de ce terme.", Pierre Lévy
"Si l'on, sait exactement ce que l'on veut faire, à quoi bon le faire ?", Pablo Picasso
"N'allez pas où le chemin peut mener. Allez où il n'y a pas de chemin – et laissez une trace.", Ralph Waldo Emerson
"Rien de grand ne se fit sans enthousiasme.", Ralph Waldo Emerson
"Refusez la fragmentation des connaissances, pensez à tout.", Karl Popper
"Le grand projet se réalise dans le geste le plus petit, dans le petit pas.", Pape François, dans "L'Eglise que j'espère"
"Féconder le passé en engendrant l'avenir, tel est le sens du présent.", Nietzsche
"Une suite de petites volontés fait un gros résultat.", Baudelaire
"La curation de contenu est à réinventer", moi
"Une chose ratée est une chose qui n'est pas encore réussie.", Paul Valéry
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BIBLIOGRAPHIE
- Du tag au like, Olivier Le Deuff
- Les sciences humaines
- Petite philosophie des grandes trouvailles, Luc de Brabandère
- L’argumentation, Christian Plantin
- Les technologies de l'intelligence, Pierre Lévy
- L’intelligence collective, Pierre Lévy
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ANNEXE 1 : HISTOIRE DE L’INDEXATION ET DES METADONNEES
L’indexation s’est améliorée progressivement au fur et à mesure des avancées des dispositifs d’écriture et de lecture. L’écriture en pictogrammes est ainsi une forme de description et d’indexation du réel. Mais l’aide-mémoire dans les premières écritures n’est utile qu’à celui qui l’a constitué. Plus tard émergeront l’idéographie et la conversion alphabétique qui faciliteront l’écriture et son caractère transmissif. Puis il s’agira de se doter de repères et de moyens de mémoriser. La "liste" apparaît rapidement comme le moyen le plus efficace de traiter l’information et de la mémoriser.
La liste – L’indexation peut émerger sous forme de liste en tant que dispositif d’organisation de l’espace. La liste trouve sa place parmi les colonnes. La logique est celle du calcul et, notamment, celle du dénombrement. La liste est un instrument de "pouvoir" plutôt que de "savoir", elle permettait aux scribes égyptiens de mesurer les productions agricoles et d’établir l’impôt en conséquence. Ensuite, elle permit d’établir des catalogues d’ouvrages présents dans les bibliothèques. La bibliothéconomie et la documentation ne cesseront d’améliorer catalogues et systèmes de classement (Jusqu’au classement DEWEY).
Les premiers catalogues grecs de bibliothèques, tels ceux établis par Callimaque, étaient réalisés de manière moins rigoureuse qu’un traitement documentaire effectué aujourd’hui par des professionels. L’ordre établi ne suivait aucune règle précise, si ce n’est le rythme de lecture du poète. Il s’agissait alors de produire une forme de synthèse des connaissances.
De plus, les ouvrages étaient des volumens, c’est à dire des rouleaux de papyrus peu pratiques. Le papyrus jugé trop friable et peu facile à transporter sous peine de dégradation va laisser place au parchemin, un matériau issu du monde animal. Ensuite, un nouvel objet technique verra le jour qui va permettre le développement de l’indexation : le codex. Il correspond à ce que l’on désigne plus courament sous le nom de livre. Le codex est plus pratique, plus propice aux commentaires et aux scholies, ces notes marginales. Les règles dans le texte peuvent mieux s’organiser autour de chapitres et de rubriques. Les listes type catalogues se perfectionnent ensuite avec des listes d’auteurs, de titres et d’incipit (début de l’ouvrage) et surtout, grâce au codex qui facilite la pagination et les classements par ordre alphabétique. La table des matières fait son apparition, mais les renvois aux pages sont peu efficaces à cause des différences de pagination entre les copies. Le texte est alors découpé en paragraphes classés selon un système alphabétique – ce dernier suscitera des débats afin de savoir s’il est compatible avec l’ordre divin.
L’indexation est liée à l’écriture, mais elle est également indissociable de la lecture puisqu’elle doit faciliter et signaler ce qui doit être lu. On ne s’étonnera donc pas qu’Hugues de Saint-Victor, philosophe et théologien mystique du XIIème siècle et auteur de Didascalicon de studio legendi (un art de lire, de se cultiver) fut un de ceux qui améliora le traitement et l’organisation des manuscrits. En effet, Hugues de Saint-Victor réorganise l’espace de la page pour permettre une lecture studieuse et silencieuse alors que la tendance était à la lecture oralisée.
L’index – Le besoin de retrouver très vite l’information (statim invenire) prend de plus en plus d’essor à l’époque médiévale, notamment avec les frères prêcheurs et les ordes mendiants. Ayant la possibilité de citer facilement des passages de la bible, ces derniers se déplacent avec leurs ouvrages bibliques pour pouvoir convaincre et éclairer les personnes qu’ils rencontrent. Pour cela, il faut créer des listes de mots-clés organisés : les index.
L’indexation s’améliore peu à peu durant le Moyen Age. Ainsi on peut citer le travail de Jean Hautfuney, prêtre avignonnais, qui réalise vers 1380 l’idexation d’une oeuvre en plusieurs volumes qui connut un fort succès 80 ans après sa première publication : le speculum historiale de Vincent de Beauvais. L’objectif était de réaliser une table pour le lecteur rapide et intelligent (diligens et intelligens lector) afin qu’il puisse retrouver l’information qui l’intéresse avec les renvois associés. Près de 5 800 mots-clés ont ainsi été recensés pour retrouver des passages faisant référence à la vie des Saints, à des miracles, mais aussi à des éléments plus conceptuels, comme la sagesse. Hautfuney envisagea déjà les problèmes de synonymie et conçut "un important thésaurus de concepts, ceux-là mêmes qu’un utilisateur du quatorzième siècle cherchait d’abord".
L’imprimerie va bien-sûr faciliter "l’ordre du livre", mais une partie des structurations sont déjà en place. Au XVIème siècle, les premières bibliographies constituées apparaissent avec notamment le travail colossal du bibliothécaire zurichois, Conrad Gesner (1515-1565) qui répertorie ainsi 16 000 oeuvres, la plupart en latin, grec ou hébreu. Gesner prévoit que sa bibliographie puisse constituer une forme de catalogue pour les bibliothécaires ou les bibliophiles. Ces derniers n’avaient plus qu’à noter sur leur exemplaire la référence – c’est à dire la cote – de l’ouvrage tel qu’il était classé dans leur propre bibliothèque. L’ordre repose sur une logique qui est celle de l’ordre alphabétique des prénoms de l’auteur.
La bibliothèque du Duc Auguste de Brunswick-Lune-bourg, la plus grande du monde au XVIIème siècle, est également intéressante, car ce collectionneur établit lui-même son propre catalogue, tandis que la tendance était plutôt de confier la bibliothèque du mécène à un érudit. Il établit un système classificatoire et des cotes qui sont également liées au format des ouvrages à des fins d’économie d’espace. Ce catalogue sera ensuite nettement amélioré par le philosophe Leibniz (1646-1716) qui lui succèsera en tant que bibliothécaire. Une carrière professionnelle qu’il mènera d’ailleurs pendant 40 ans. Sa rencontre avec Gabriel Naudé, le bibliothécaire de Mazarin, auteur de l’ouvrage Advis pour dresser une bibliothèque, rédigé en 1627, l’incite à constituer une bibliothèque universelle qui couvre tous les savoirs. Leibniz s’intéressa beaucoup aux travaux de classification et d’indexation et déplorait justement le manque de mots-clés dans les descriptions bibliographiques.
En 1682, le bibliothécaire Adrien Baillet conçut pour Chrétien-François de Lamoignon un catalogue alphabétique en 32 volumes contenant un index élaboré avec des renvois et des règles d’usage. Adrien Baillet, également connu comme biographe de Descartes, est l’auteur d’un ouvrage publié anonymement qui donne la véritable identité des auteurs qui usent de pseudonymes.
La fin du Moyen Age voit apparaître la pratique des "lieux communs" qui vont se développer durant la période moderne. Les "lieux communs" sont des cahiers réalisés par des étudiants où on retrouve un amalgame de prises de notes issues de lectures réalisées durant les cours. Certains utlisateurs organisent au mieux leurs "lieux communs" et développent des moyens mnémothecniques pour retrouver des éléments ultérieurement. La frontière entre érudition, pensée nouvelle et envie de briller en public devient parfois difficile à distinguer. D’autres auteurs poussent la pratique jusqu’à en faire des ouvrages à part entière. En effet, les Essais de Montaigne sont une forme plus élaborée de "lieux communs", ofrant une sorte de synthèse qui s’apparente à une oeuvre novelle.
La technique des index n’a pas toujours été appréciée. Les critiques sont nombreuses, notamment de la part de ceux qui considèrent que privilégier une lecture segmentée, calculée, qui brise la cohérence de l’oeuvre, peut s’apparenter à une forme de violation de l’oeuvre. Certains auteurs vont jusqu’à les refuser, c’est le cas de Jean-Pierre Camus, dans le volume 5 de ses Divertisez, paru en 1610. Il déplore ces tables qui selon lui favorisent la paresse. L’index y est décrit comme un "instrument de stupidité". Il enjoint alors le lecteur à une lecture intégrale afin que ce dernier réalise lui-même son propre travail de sélection. A l’inverse, d’autres auteurs plaident en faveur de l’index. La table et l’index apparaissent parfois comme des moyens d’offrir un ordre à un ouvrage qui manque de rigueur.
L’indexation a évolué fortement au cours du XXème siècle, si bien qu’on dénombre plusieurs formes d’indexation.
Les différents types d’indexation : le thésaurus, les folksonomies, les vedettes-matières, l’indexation automatisée, les classifications.
Les thésaurus sont des langages élaborés pour indexer les documents de manière efficace, cohérente et ordonnée dans les centres de documentation ou dans les organisations. Ils couvrent généralement un domaine de savoir même s’il existe des thésaurus généraux. En bibliothèque, on utilise fréquemment les vedettes-natières pour indexer les monographies. Les classifications cherchent à structurer les savoirs et les connaissances en grandes catégories et en arborescence, attribuant des indices au document et, en même temps, tentent de résoudre la question du rangement physique. Quant à l’indexation automatisée, elle opère une indexation par traitement informatique.
Le numérique marque une étape importante des pratiques d’indexation : la séparation des "métadonnées" et du contenu original.
Chacun cherche à marquer ses ressources, à se les approprier, à pouvoir y retrouver ses notes, ses éléments de personnalisation. Chaque lecteur, au sein d’ouvrages qu’il considère majeurs pour lui, cherche à les marquer de sa propre légende, c’est à dire de notes qu’il pourra relire plus tard.
Source : "Du tag au like", Olivier Le Deuff
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ANNEXE 2 : LA CATEGORISATION – LES APPROCHES CLASIQUE ET RELATIVISTE
La mise en catégorie consiste en deux opérations distinctes : 1. La première définit le périmètre de la classe (que puis-je mettre dans cette catégorie ?). 2. La seconde décrit les liens entre cette classe et les autres (en quoi cette catégorie est-elle différente de sa voisine ?). Cette double opération peut se faire selon deux modes différents : le point de vue classique et le point de vue relativiste.
A/ Le point de vue classique : La catégorie y est définie par un ensemble de propriétés. Les restaurants sont par exemple les endroits où, moyennant paiement, on peut prendre un repas. Selon ce point de vue, les catégories peuvent s'emboiter comme des poupées russes. Le restaurant d'entreprise, la taverne et le restauroute sont tous des restaurants qui sont eux-mêmes des commerces. Précisons encore : le restaurant est un concept qui peut s'exprimer "en extension". C'est à dire qu'il s'étend aussi bien au Fouquet's et à la taverne de la gare d'Anvers qu'au McDonald's en bas de ma rue. Mais on peut aussi parler d'un restaurant "en compréhension", dire qu'il y a des tables, des chaises, de la nourriture, quelqu'un pour cuisiner etc. Plus la compréhension est grande, moins l'extension le sera... Autrement dit, plus on précisera en détail ce qu'est un restaurant, moins on pourra en donner d'exemples.
Le point de vue classique suppose deux hypothèses : 1. Les catégories sont homogènes. Tous les commerces qui peuvent être appelés "restaurant" le sont au même degré. 2. Les catégories sont décidables. Il est toujours possible de dire si une entité est un restaurant ou ne l'est pas. Cette manière de voir les choses provient de la philosophie grecque. Elle a permis de structurer la pensée sur les bases de jugements et de raisonnements. Mais cette manière de voir les choses a aussi des faiblesses flagrantes. Il n'y a finalement qu'en mathématiques qu'une définition capture parfaitement un concept. La logique formelle a ses vices de forme…
B/ Le point de vue relativiste : On le sent intuitivement, les deux hypothèses précédentes sont intenables : au sein des catégories, ce n'est pas vraiment l'uniformité, ni l'homogénéité. On ne peut pas dire exactement pourquoi mais un chêne est plus représentatif de la catégorie "arbre" qu'un cerisier ou un peuplier. Un berger allemand est plus représentatif de la catégorie "chien" qu'un lévrier ou un basset. Tout se passe comme si toute catégorie avait son emblème, sa moyenne arithmétique, son prototype qui pourrait agir en ambassadeur de la classe. Un moineau est un peu plus "oiseau" qu'une perruche ou qu'un poulet qui sont pourtant des oiseaux, et ce n'est donc pas seulement une question de quantité ou de nombre. Quand on demande à une personne de citer les éléments d'une catégorie, une forme de séquence apparaît. La pomme vient avant le kiwi, le bleu vient avant le violet. Certains éléments sont "un peu plus" que ce qui devrait être la même chose. Pour les Français, F est "plus" une lettre de l'alphabet que O, l'Italie est "plus" un pays que Singapour. Et si on parle des célibataires, vous pensez à beaucoup de gens mais pas immédiatement au pape. A l'appui de cette thèse, faites le test suivant. Demandez à quelqu'un successivement : Un taxi est un véhicule. Vrai ou faux ? Un tank est un véhicule. Vrai ou faux ? Une navette spatiale est un véhicule. Vrai ou faux ? Les réponses sont trois fois "vrai". Mais il faudra chaque fois quelques instants de plus pour l'entendre... Comme si on pouvait être un peu plus ou un peu moins "véhicule" ! Une toute nouvelle approche devient alors possible. La catégorie est définie par son prototype et non plus par son périmètre. Et l'appartenance à la catégorie devient une question de distance au prototype, et non plus une question de caractéristiques partagées. Si l'approche classique relevait d'une vue "oui ou non" des choses, l'approche relativiste est au contraire toute en nuance et en continuité. Ludwig Wittgenstein a ainsi présenté en 1953 l'idée de family ressemblance, en prenant l'exemple des jeux. Ceux-ci forment indiscutablement une catégorie. Mais qui pourrait bien donner les caractéristiques communes au rugby et aux mots croisés ? Il est plus adéquat de parler de ressemblance de proche en proche. Le rugby a une parenté avec le football, qui a une parenté avec le tennis, le tennis avec les échecs, les échecs avec le Scrabble, et le Scrabble avec les mots croisés. La réussite et le calembour font aussi partie des jeux, tout comme Sim City, le poker, le Rubik's Cube ou même la séduction. La liste est longue. Des enfants qui jouent à "papa-maman" ou encore des jongleurs qui jouent avec des quilles sont là pour témoigner que la catégorie des jeux existe non pas grâce à des propriétés communes (comme le fait d'être plusieurs ou le rôle du hasard) mais par une ressemblance de proche en proche, un peu comme les membres d'une même famille (d'où l'appellation de l'idée présentée par Wittgenstein).
Alors quel serait le jeu "type" ? Un sport comme le football sans doute, ou alors le Monopoly. L'expérience montre en effet que les prototypes choisis sont un compromis entre la visualisation et l'abstraction.
Le prototype aura un grand nombre de propriétés communes à beaucoup d'autres éléments (définition doublement imprécise) tout en permettant une représentation imagée. Je "vois" une table de bridge ou une table d'opération, mais quand on me dit "meuble", je ne "vois" plus rien. Table sera alors le prototype, c'est le concept le plus abstrait qui entraîne néanmoins une visualisation instantanée, car je vois bien les pieds...
L'approche relativiste n'est sans doute pas très rationnelle, elle est certes subjective et les aspects psychologiques rivalisent avec les aspects philosophiques. Si on dit de quelqu'un que c'est une girafe, on pense à sa taille. Si on dit que c'est un requin, on pensera à son tempérament. Pourquoi dans un cas penser à son physique et dans un autre à son comportement ?
L'approche relativiste s'inspire du nominalisme, qui est devenu célèbre au Moyen Age lors de la tout aussi célèbre querelle des universaux. Pour les nominalistes, les propriétés communes aux objets ne sont que des mots et des noms, et il est vain de les rechercher car elles ne sont qu'illusions. Le rouge n'existe pas, même s'il y a des poissons rouges et des croix rouges. Les pèlerins n'existent pas même si beaucoup de gens vont à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Source : "Petite philosophie des grandes trouvailles", Luc de Brabandère
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ANNEXE 3 : QUELQUES FIGURES DE L’ENCYCLOPEDISME MODERNE : PAUL OTLET, VANNEVAR BUSH, THEODORE NELSON, RALPH WALDO EMERSON
Pour ne parler que de l’époque moderne, il nous faut d’abord évoquer le travail de Paul Otlet, surnommé "L’homme qui voulait classer le monde" (Un film portant ce titre propose la biographie de ce bibliographe, inventeur…). Né à Bruxelles, Paul Otlet était utopiste, pacifiste, philanthrope et anticolonialiste. Il crée en 1905 le système de "classification décimale universelle" (CDU), ainsi que le standard de 125 x 75 mm des fiches bibliographiques, toujours en vigueur dans les bibliothèques du monde entier.
Il est l'instigateur du Palais Mondial-Mundaneum de Bruxelles, situé dans l'aile sud de ce qui est devenu ensuite le « Cinquantenaire ». Son objectif est de réunir les peuples par une civilisation universelle, considérée métaphoriquement comme un « pont mondial » (1937). Il rejoint en cela les projets d'encyclopédie universelle élaborés à la même époque par H. G. Wells dans World Brain et par le philosophe et sociologue Otto Neurath. Il regroupe dans ce bâtiment ses nombreuses réalisations visant à intégrer tous les savoirs du monde : musée de la Presse, musée du Livre, Archives encyclopédiques internationales, Répertoire bibliographique universel. Idéalement, on pouvait y trouver répertoriés tous les travaux publiés sur n'importe quel sujet. À son apogée, le Mundaneum ira jusqu'à rassembler 16 millions de fiches, « indexant tous les sujets allant de l'histoire des chiens de chasse à celle de la finance ! Un siècle plus tard, le journal français Le Monde surnommera ce projet d'indexation universelle « Le Google de papier » ». Paul Otlet veut ainsi établir « l’image mouvante du monde, sa mémoire, son véritable double. »
Les archives du Mundaneum sont établies à Mons depuis 1993.
Il nous faut aussi parler de Vannevar Bush et Theodore Nelson.
Vannevar Bush et le Memex - « As We May Think » (en français, « Comme nous pourrions penser ») est un article écrit par Vannevar Bush, et publié pour la première fois dans The Atlantic Monthly en juillet 1945, soit un mois avant les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki. Il développe l'idée qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la recherche scientifique devra se consacrer à améliorer les moyens matériels permettant l'accès à toute la connaissance humaine.
Pourquoi "As we may think" ? Selon Bush, la plupart des systèmes d'indexation et d'organisation des informations en usage dans la communauté scientifique sont artificiels. Chaque item n'y est classé que sous une seule rubrique et le rangement est purement hiérarchique (classes, sous-classes etc). Or, dit Vannevar Bush, l'esprit humain ne marche pas ainsi, il fonctionne par associations. Il saute d'une représentation à l'autre le long d'un réseau enchevêtré, trace des pistes bifurquantes, trame une toile infiniment plus compliquée que les banques de données d'aujourd'hui ou les systèmes d'information à fiches perforées de 1945. Bush reconnaît qu'on ne peut sans doute pas répliquer le processus réticulaire qui sous-tend l'exercice de l'intelligence. Il propose seulement de s'en inspirer. Il imagine donc un dispositif, dénommé Memex, pour mécaniser le rangement et la sélection par association à côté du principe de l'indexation classique.
Il faut d'abord constituer un immense réservoir documentaire multimédia, comprenant aussi bien des images, des sons et des textes. Certains dispositifs périphériques faciliteraient l'intégration rapide de nouvelles informations, d'autres permettraient de transformer automatiquement la parole en texte écrit. La deuxième condition à remplir serait la miniaturisation de cette masse documentaire, et pour cela, Bush prévoit notamment l'utilisation du microfilm et de la bande magnétique, que l'on venait de découvrir à l'époque. Tout devrait tenir dans un ou deux mètres cubes, l'équivalent du volume d'un meuble de bureau. On accéderait aux informations par l'intermédiaire d'un écran de télévision muni de haut-parleurs. En plus des accès classiques par indexation, une commande simple permettrait à l'heureux propriétaire d'un Memex de nouer des liens indépendants de toute classification hiérarchique entre une information quelconque et n'importe quelle autre. Une fois le lien établi, chaque fois qu'un item particulier serait visualisé, tous ceux qui lui ont été rattachés pourraient être instantanément rappelés, par simple pression d'un bouton. Bush nous peint l'utilisateur de son dispositif imaginaire traçant des pistes transversales et personnelles dans l'immense continent broussailleux du savoir. Ces liens que l'on n'appelle pas encore hypertextes, matérialisent dans la mémoire auxiliaire du scientifique qu'est le Memex une part capitale du processus même de la recherche et de l'élaboration de connaissances nouvelles. Bush imagine même une nouvelle profession, une sorte d'ingénierie des ponts et chaussées au pays des publications, dont la mission serait d'aménager des réseaux de communication au sein du corpus immense et toujours croissant des sons, des images et des textes enregistrés"
Source : Les technologies de l'intelligence, Pierre Lévy
Théodore Nelson et Xanadu - Au début des années soixante, les premiers systèmes militaires de téléinformatique venaient à peine d'être installés, les ordinateurs n'évoquaient pas encore les banques de données, encore moins le traitement de texte. C'est pourtant à cette époque que Théodore Nelson invente le terme d'hypertexte pour exprimer l'idée d'écriture/lecture non linéaire sur un système informatique. Depuis cette époque, Nelson poursuit le rêve d'un immense réseau accessible en temps réel contenant tous les trésors littéraires et scientifiques du monde, une sorte de Bibliothèque d'Alexandrie de l'univers contemporain. Des millions de personnes pourraient utiliser Xanadu pour écrire, s'interconnecter, interagir, commenter les textes, films et enregistrements sonores disponibles sur le réseau, annoter les commentaires etc. Ce qu'on pourrait appeler le stade suprême de la messagerie prendrait en charge une bonne part des fonctions remplies aujourd'hui par l'édition et le journalisme classique. Xanadu en tant qu'horizon idéal ou absolu de l'hypertexte, serait une sorte de matérialisation du dialogue incessant et multiple que l'humanité entretient avec elle-même et avec son passé.
Source : Les technologies de l'intelligence, Pierre Lévy
Enfin, remontons au XIXème siècle, en 1837, date du célèbre discours d’Emerson, The american Scholar (L'intellectuel américain) :
[...] la Nature se presse de rendre compte d'elle-même à l'esprit. La classification commence. Pour le jeune esprit, chaque chose est distincte, se suffit à elle-même. Bientôt il découvre comment relier deux choses et voit en elles une seule nature ; puis trois, puis trois mille ; et ainsi, tyrannisé par son propre instinct unificateur, il continue de lier les choses, réduisant les anomalies, découvrant que sous le sol courent des racines qui unissent les choses contraires et éloignées pour les faire fleurir sur une même tige. Il apprend alors que, depuis l'aube de l'histoire, il y a accumulation et classification constantes de faits. Mais qu'est-ce que classifier, sinon percevoir que ces objets ne sont pas chaotiques, ne sont pas étrangers, mais ont une loi qui est aussi la loi de l'intelligence humaine ? L'astronome découvre que la géométrie, pure abstraction de cette intelligence, est la mesure du mouvement des planètes. Le chimiste trouve des proportions et une méthode intelligible dans toute la matière ; la science n'est rien d'autre que la découverte de ce qui est analogue, identique, dans les parties les plus éloignées. L'âme ambitieuse s'assied devant chaque fait réfractaire ; elle ramène l'un après l'autre, à leur classe et à leur loi, tous les nouveaux pouvoirs, toutes les constitutions étrangères, et continue toujours afin d'animer, pénétrante, la dernière fibre de l'organisation, les limites de la nature. Ainsi lui est-il suggéré, à cet écolier qui se tient sous le dôme arqué du jour, que lui et cela sont issus d'une même racine ; l'un est feuille et l'autre, fleur ; relation, sympathie courent dans chaque veine. Et qu'est cette racine ? N'est-elle pas l'âme de son âme ?
Source : The American Scholar, Ralph Waldo Emerson
Le projet Mneseek s’inspire évidemment de ces précurseurs.
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Terme d'architecture
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Film : Les 400 coups
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Lieu : Japon
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Film : Les 400 coups > Réalisateur : François Truffaut
Ainsi, l’index "Animal" se présentera comme une liste (cliquable) des animaux présentés sur le site.
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