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Sur La Renaissance de Harlem

Le 17 Mars dernier avait lieu à la médiathèque de Saint-Jean-de-Maurienne une rencontre poésie dans le cadre du Printemps des poètes 2015. Après une courte introduction vidéo, nous eûmes la chance d'écouter un exposé sur le thème de la « Négritude ». L'occasion pour la Présidente de l'AVF (Association des Villes Françaises) de Saint-Jean-de-Maurienne, Chantal Angogna, de distribuer à tous un deuxième texte, Sur « La Renaissance de Harlem », dont voici la transcription.



Une rencontre poésie organisée par l'AVF




La Renaissance de Harlem est un mouvement de renouveau de la culture afro-américaine, dans l’Entre-deux-guerres. Son berceau et son foyer se trouvent dans le quartier de Harlem, à New-York. Cette effervescence s’étend à plusieurs domaines de la création, les Arts comme la photographie, la musique ou la peinture, mais c’est surtout la production littéraire qui s’affirme comme l’élément le plus remarquable de cet épanouissement.

Soutenue par des mécènes et une génération d’écrivains talentueux, la Renaissance de Harlem marque un tournant majeur dans la littérature noire américaine qui connaît une certaine reconnaissance et une plus grande diffusion en dehors de l’élite noire américaine. La littérature et la culture noires atteignent de tels sommets durant cette période que certains désignent Harlem comme la « capitale mondiale de la culture noire ».

Le mouvement de la Renaissance de Harlem cherche à émanciper les Noirs américains ; mais elle n’intervient pas dans un vide culturel total : une littérature noire américaine existe depuis l’indépendance américaine avec des écrivains tels que Frederick Douglass (vers 1818-1895), W.E.B. Du Bois (1868-1963) :

Extrait de « Strivings of the Negro People » 1897 de Du Bois :

« Entre moi et l’autre monde, il reste encore une question sans réponse :… Qu’est-ce-que cela fait d’être un problème ?... On sent toujours sa dualité, une américaine, une nègre ; deux âmes, deux pensées, deux efforts irréconciliés ; deux idéaux opposés dans un corps noir dont seule sa force opiniâtre l’empêche d’être déchiré… Il n’africaniserait pas l’Amérique car l’Amérique a trop à enseigner au monde et à l’Afrique. Il ne décolorerait pas son âme noire dans un déluge d’américanisme blanc car il sait que le sang nègre a un message pour le monde. Il souhaite simplement qu’il soit possible pour un homme d’être à la fois nègre et américain sans être maudit et rejeté par ses collègues, sans voir les portes de l’Opportunité se refermer violemment sur son visage. »


La vitalité de la Renaissance de Harlem se manifeste dans la multiplication des œuvres et leur diversité, ainsi que par leur large succès. Elle passe par une réflexion sur la condition des Afro-américains dans la société américaine.

Extrait du « Discours à la quatrième convention Niagara » 1908 de Du Bois :

« On nous a dit : Soit noble et compétent et les portes te seront ouvertes. Aujourd’hui les voies d’avancement dans l’armée, la marine, la fonction publique et même dans les affaires et la vie professionnelle sont continuellement fermées aux candidats noirs de valeur établie simplement sur l’excuse éhontée de la race et de la couleur. »

On retrouve les thèmes de l’injustice et de l’intolérance chez d’autres auteurs afro-américains de l’entre-deux-guerres : certaines œuvres de Langston Hughes (1902-1967) prennent une tournure politique, voire idéologique. Il a laissé une œuvre abondante de poète, de nouvelliste, de dramaturge et d’essayiste. Les poèmes qui suivent sont extraits de son premier recueil paru en 1925, « The Weary Blues ».


LE NEGRE PARLE DES FLEUVES

J’ai connu des fleuves
J’ai connu des fleuves anciens comme le monde et plus vieux que le flux du sang humain dans les veines humaines.

Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

Je me suis baigné dans l’Euphrate quand les aubes étaient neuves.
J’ai bâti ma hutte près du Congo et il a bercé mon sommeil.
J’ai contemplé le Nil et au-dessus j’ai construit les pyramides.
J’ai entendu le chant du Mississipi quand Abe Lincoln descendit à la Nouvelle-Orléans, et j’ai vu ses nappes boueuses transfigurées en or au soleil couchant.



Langston Hughes

J’ai connu des fleuves :
Fleuves anciens et ténébreux.

Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

MOI AUSSI

Moi aussi, je chante l’Amérique.

Je suis le frère à la peau sombre.
Ils m’envoient manger à la cuisine
Quand il vient du monde.
Mais je ris,
Et mange bien,
Et prends des forces.

Demain
Je me mettrai à table
Quand il viendra du monde
Personne n’osera
Me dire
Alors
« Mange à la cuisine ».

De plus, ils verront comme je suis beau
Et ils auront honte,

Moi aussi je suis l’Amérique.

LE BLUES DU DESESPOIR

Fredonnant un air syncopé et nonchalant,
Balançant d’avant en arrière avec son chant moelleux,
J’écoutais un nègre jouer.
En descendant la Lenox Avenue l’autre nuit
A la lueur pâle et maussade d’une vieille lampe à gaz
Il se balançait indolent…
Il se balançait indolent…
Pour jouer cet air, ce Blues du Désespoir.
Avec ses mains d’ébène sur chaque touche d’ivoire
Il amenait son pauvre piano à pleurer sa mélodie
O Blues !
Se balançant sur son tabouret bancal
Il jouait cet air triste et rugueux comme un fou,
Tendre Blues !
Jailli de l’âme d’un Noir
O Blues !

D’une voix profonde au timbre mélancolique
J’écoutais ce nègre chanter, ce vieux piano pleurer
« J’n’ai personne en ce monde,
J’n’ai personne à part moi.
J’veux en finir avec les soucis
J’veux mettre mes tracas au rancart. »
Tamp, tamp, tamp ; faisait son pied sur le plancher.
Il joua quelques accords et continua de chanter
« J’ai le Blues du Désespoir
Rien ne peut me satisfaire.
J’n’aurai plus de joie
Et je voudrais être mort. »
Et tard dans la nuit il fredonnait cet air.
Les étoiles disparurent et la lune à son tour.
Le chanteur s’arrêta de jouer et rentra dormir

Tandis que dans sa tête le Blues du Désespoir résonnait.
Il dormit comme un roc ou comme un homme qui serait mort.

NEGRE

Je suis un nègre :
Noir comme la nuit est noire,
Noir comme les profondeurs de mon Afrique.

J’ai été un esclave :
César m’a dit de tenir ses escaliers propres.
J’ai ciré les bottes de Washington.

J’ai été ouvrier :
Sous ma main les pyramides se sont dressées.
J’ai fait le mortier du Woolworth Building.

J’ai été un chanteur :
Tout au long du chemin de l’Afrique à la Géorgie
J’ai porté mes chants de tristesse.
J’ai créé le ragtime.

Je suis un Nègre :
Les Belges m’ont coupé les mains au Congo.
On me lynche toujours au Mississipi.

Je suis un Nègre :
Noir comme la nuit est noire
Noir comme les profondeurs de mon Afrique.




Claude McKay

La Renaissance de Harlem connaît dans les années 1920 et 1930 un rayonnement et un succès qui va bien au-delà des USA. La littérature noire américaine est reconnue et récompensée par des prix littéraires comme par exemple le roman de Claude McKay (1889-1946) « Home to Harlem » 1928, qui remporte le Hamon Gold Award for Literature. Une traduction française due à Louis Guilloux paraît en 1932. Le roman, qui décrivait la vie dans les rues de Harlem, allait avoir un impact majeur sur les intellectuels noirs dans les Caraïbes, l’Afrique de l’Ouest et en Europe.

Harlem 2010


AVF Saint-Jean-de-Maurienne

www.mneseek.fr (partage de liens internet culturels)





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Angela Davis par Yannick Noah (Angela Davis est une militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis, féministe et marxiste) :








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