Note — Des employés témoignent sur le travail le dimanche — [lien]
Travail le dimanche
by Judo73 — 22/06/2019 09:54 — Public note
Un hypermarché Cora de Bretagne a licencié "pour faute grave" deux de ses employés qui refusaient de travailler le dimanche.
Extrait du livre Sérotonine, Michel Houellebecq, 2019, p. 89-90 :
"Au coin de l'avenue des Gobelins, je ne manquais jamais de marquer un arrêt au Carrefour City. Ce magasin, j'en avais eu l'intuition dès ma première visite, allait être amené à jouer un rôle dans ma nouvelle vie. Le rayon oriental, sans atteindre la luxuriance du G20 proche de la tour Totem où j'avais mes habitudes encore quelques jours auparavant, alignait tout de même huit variétés différentes de houmous dont l'abugosh premium, le misadot, le zaatar et le rarissime mesabecha ; quant à l'espace sandwicherie, je me demande même s'il n'était pas supérieur. Je croyais jusque-là le segment du minimarket entièrement dominé, à Paris et dans la petite courronne, par les Daily Monop' ; j'aurais dû me douter qu'une enseigne comme Carrefour, lorsqu'elle entrait sur un nouveau parché, "n'y entrait pas", comme le rappelait son nouveau PDG dans une interview de Challenges, "pour faire de la figuration".
Les horaires d'ouverture, d'une amplitude exceptionnelle, témoignaient de la même volonté de conquête : de 7 heures à 23 heures en semaine, de 8 heures à 13 heures le dimanche, même les Arabes n'avaient jamais fait aussi bien. Encore cette plage dominicale était-elle le résultat d'un âpre conflit, initié par une procédure lancée par l'inspection du travail du 13ème arrondissement, m'apprit une affichette, placardée dans le magasin, qui en des termes d'une virulence à couper le souffle, stigmatisait la "décision aberrante" prise par le tribunal de grande instance, qui les avaient finalement conduits à s'incliner, sous la menace d'une astreinte "dont le montant exorbitant aurait mis en péril votre commerce de proximité". La liberté du commerce, et au delà celle du consommateur, avait donc perdu une bataille ; mais la guerre, on le sentait au ton martial de l'affichette, était loin d'être terminée."