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"Haiku", aux Editions Gallimard
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- Haiku
- Pourquoi aimons-nous le haiku ? Sans doute pour l'acquiescement qu'il suscite en nous, entre émerveillement et mystère. Le temps d'un souffle (un haiku, selon la règle, ne doit pas être plus long qu'une respiration), le poème coïncide tout à coup avec notre exacte intimité, provoquant le plus subtil des séismes. Sans doute aussi parce qu'il nous déroute, parce qu'il nous sort de notre pli, déchirant une taie sur notre regard, rappelant que la création a lieue à chaque instant. "Salve contre l'habitude", disait justement Henri Pichette à propos de la poésie - "ravissement soudain dans l'imprévisible", répondraient les haikistes qui traquent l'inconnu au coeur du familier. Peut-être enfin parce qu'il sait pincer le coeur avec légèreté. Rien de pesant, rien de solennel, rien de convenu. Juste un tressaillement complice. Une savante simplicité. L'éclosion spontanée d'une fleur de sens. (1)
- Ce qui est merveilleux (30)
- La subtilité (1)
- L'habitude (6)
- L'inconnu (1)
- L'éphémère (7)
- L'infime (3)
- Une fleur de sens (1)
- Le sens (37)
- Selon Bashô, un poème achevé doit révéler - dans le même temps - l'immuable, l'éternité qui nous déborde (fueki) et le fugitif, l'éphémère qui nous traverse (ryukô). Le haiku tremble et scintille alors comme un instant-poème, une étincelle jaillie de la confrontation permanent entre le présent et l'éternité, un minuscule aérolithe de modestie à l'échelle du cosmos. (1)
- L'éternité (7)
- L'éphémère (7)
- Le présent et l'éternité (1)
- L'infime (3)
- [Le haiku] suspend, comme en se jouant, la raison discursive qui nous tient lieu de béquille - avec une ambition souveraine : dire la réalité telle qu'elle est. (1)
- Les limites de la raison (129)
- Devant l'éclair - sublime est celui qui ne sait rien (Bashô) (1)
- Anti-intellectualisme (20)
- L'éphémère (7)
- Les limites de la raison (129)
- Le savoir (88)
- Le haikiste semble photographier, enregistrer (André Breton dans le Premier Manifeste du Surréalisme n'appelait-il pas les poètes à être des "appareils enregistreurs" ?) un simple rien, mais dont l'éclat irradierait sans trêve. Il ne conçoit pas, il découvre. (1)
- L'éphémère (7)
- [Le haikiste] met la focale au point sur ce qui est là, maintenant, inépuisable dans l'éphémère - non pas une essence, mais une dynamique, une énergie (1)
- L'éphémère (7)
- Qui sait, au fond, si le monde vu par un papillon n'est pas plus réel que le nôtre ? (1)
- Cette attention portée à l'infime, cette tendresse envers le monde et toutes les créatures vivantes, principe bouddhique s'il en est, participe aussi d'un souci constant du détail, caractéristique de l'art japonais [...] L'attention se centre sur un ou deux détails à même de dire la totalité d'un ensemble - la partie devient le tout. (1)
- Le tout et les parties (17)
- L'infime (3)
- Bouddhisme (348)
- Le détail (2)
- Plénitude du haiku (56)
- Art de l'ellipse et du bref, le haiku se tient à l'évidence du côté de la "phrase vivante", mais il procède par retranchement, par soustraction - par dépouillement. Habité par une exigence d'expression absolue, il dénude la langue jusqu'à sa moelle. (1)
- La langue (1)
- L'ellipse (1)
- "On appelle phrase morte une phrase dont le langage est encore du langage : une phrase vivante est celle dont le langage n'est plus du langage", Leang-Kiai de Tong-chan (1)
- Le langage (16)
- Débordant les mots par les mots, leur faisant dire ce qu'ils ne semblent pouvoir dire, il [le haiku] gambade toujours aux limites du langage. Et s'il apparaît comme l'expression vraie d'un vertige, c'est sans doute parce qu'il s'attache à ciseler sans fin cette pure aporie : mettre en mots le silence (1)
- Le silence (30)
- Les mots (91)
- [A propos du haiku] Ses quelques syllabes ouvrent un espace de naissance infinie que la lecture échoue à épuiser. Un espace de pure intensité mentale. Il faut dire que le lecteur est convoqué au plus vif, au plus vrai de sa palette sensible, pour "compléter" le poème. Le faire résonner. Comme si la métaphore cédait ici le pas à la résonance - onde d'un galet de sens ricochant sur les eaux du silence (1)
- Résonance (40)
- Un sentiment du monde comme miracle. Un sentiment d'ouverture à l'insondabilité des choses que semble avoir peu ou prou oublié l'héritage philosophique occidental, gouverné d'ordinaire par un esprit de distance vis-à-vis de la réalité (1)
- Ce qui est merveilleux (30)
- L'insondabilité des choses (1)
- Si le haiku est un exercice spirituel, c'est au sens où il approfondit le spiritus, c'est à dire le souffle, du monde en nous. (1)
- Exercices spirituels (1)
- L'être est voué à se défaire corps et âme, à se fondre dans le vide (1)
- Le vide (2)
- Corps et âme (1)
- L'éveil ? Une limpide immédiateté, sans la moindre grandiloquence. Une immanence prête à bruire dans les lieux les plus communs. Sauf qu'il n"est plus ici aucun lieu commun. Comme si chaque chose dans sa dimension fugitive dévoilait l'économie ultime de la nature (1)
- L'éveil (2)
- Le lieu commun (1)
- Le fugitif (1)
- Toutes les formes de coïncidences. (1)
- La coïncidence (1)
- [Le haiku] plaide à sa manière pour un esprit désoccupé, un esprit qui se laisse habiter. Il met en scène un je-monde à la fois totalement impliqué et parfaitement désimpliqué, un je-univers, un corps au diapason de l'espace. (1)
- Non-faire (127)
- Le souhait rilkien d'"entendre chanter les choses" (1)
- Entendre chanter les choses (1)
- Résonance (40)
- Des poèmes-lâcher-prise (1)
- Le lâcher prise (1)
- La poésie (63)
- [Ces poèmes] n'imposent rien, ils offrent, ils tendent, ls éclosent (1)
- Folle sagesse (1)
- La folie (5)
- La sagesse (5)
- Imaginez un univers enfin désentravé, dégrippé. Comme un terrain de jeu infini. Une facétie, révélée dans tout sa nudité cocasse. (1)
- Un terrain de jeu infini (1)
- Errance libertaire des gestes et du regard (1)
- Errance libertaire (1)
- Le geste sacré (11)
- Une confiance illimitée dans l'inattendu (1)
- L'inattendu (1)
- Le haiku se développe d'ordinaire sur la toile de fond d'un mot-saison (kigo) (1)
- Les saisons (27)
- L'importance que les japonais accordent aux circonstances, toujours uniques, jamais dues au seul hasard, mais bien à un lien prédestiné qui unit les êtres et les choses. (1)
- Les circonstances (1)
- Le hasard (2)
- Le haiku comme une salutation, un hommage au moment présent (1)
- Le moment présent (21)
- On compte accumulés au fil des siècles dans des almanach poétiques(saïjiki) quelques milliers d'expressions ou de mots-saison, à partir desquels les haikistes façonnent leurs poèmes. Ces recueils, ces glossaires répertorient scrupuleusement tous les mots exprimant l'essence - le "parfum" - de la saison et els classent selon plusieurs catégories évocatrices : les moments de la saison, les phénomènes du ciel, le paysage, les activités humaines, la faune et la flore. Volonté d'ordonnancement du monde, souci d'exactitude esthétique, qui apparaissent comme une constante spécifique, intime du génie japonais. (1)
- Exactitude esthétique (1)
- Les saisons (27)
- L'ordonnancement du monde (2)
- La plus extrême minutie apportée à la codification des instants du monde [devient] le gage d'une vraie liberté. (1)
- L'ordonnancement du monde (2)
- L'instant (1)
- Une poésie fondée sur l'imprécision et l'ambiguïté - en même temps que sur la concision. (1)
- La poésie (63)
- La langue japonaise (8)
- La poésie d'une langue où les adjectifs se conjguent, où les noms, délivrés de fioritures tels que genre ou nombre, se présentent sous la forme de dessins (1)
- La poésie (63)
- La langue japonaise (8)
- La grammaire (1)
- La graphie japonaise - alliant idéogrammes et syllabaire phonétique - favorise l'extrême densité du haiku. Là où l'écriture littéraire de l'Occident semble donner d'emblée un socle cartésien à la description de la réalité, la figure fulgurante de l'idéogramme se prête plus facilement à "l'expression de l'inexprimable", à la transmission d'un espace que ne saurait saisir la seule pensée discursive.
En outre, la structure même de la langue favorise l'ambiguïté. Le japonais offre un vocabulaire des plus riches, à la fois flou et extrêmement nuancé. Il décline le monde avec autant de subtilité que le français - mais sur un mode plus énigmatique. Ici, un vocable recouvre souvent un éventail de notions que d'autres mots traversent. Incertaine, la frontière délimitant les territoires de sens dévoile tout un champ d'associations. Ambiguïté permanente qui déploie l'étendue de ses facettes dans le haiku, jusqu'à en faire parfois un véritable "langage crépusculaire", lequel n'est pas sans évoquer le sandhya-bhasa ("langue du paradoxe") chère au bouddhisme médiéval indien : les mots sont alors détournés de leur rôle en vue de dire un au-delà (ou un en-deça) d'eux-mêmes, de cerner une conscience globale antérieure à toute conceptualisation, y compris celle du langage.
Au delà du clair de lune
je laisse ma barque
pour entrer dans le ciel
(Koda Rohan)
La grammaire particulière du haiku nourrit encore d'autres ambivalences. Ainsi, le "collage" de plusieurs idéogrammes - dont la fonction grammaticale reste "flottante" - ouvre la porte à plusieurs sens, révélant du même coup une palette d'interprétations. Les sens se chevauchent, se complètent, se démultiplient - trivial et spirituel s'entrecroisent. Le flou sémantique accroit l'exactitude poétique.
Un seul et même mot, uta, désigne en japonais la poésie et le chant. Et c'est à voix haute, comme un chant, que le haiku se lit. (1) - La langue japonaise (8)
- Exprimer l'inexprimable (1)
- La pensée discursive (1)
- Le sens (37)
- Le langage (16)
- Les mots (91)
- La sémantique (1)
- Les territoires de sens (1)
- Le sens (37)
- Ce "flou irisé de ressources" qu'évoque Claude Roy à propos du chinois. (1)
- les ressources (1)
- La langue chinoise (3)
- L'étrangeté est toujours partageable (1)
- L'étrangeté (1)
- Nuit sans fin -
je pense
à ce qui viendra dans dix mille ans
(Shiki) (1) - Le futur (49)
- Tu es riche ?
J'ai tout
Je ne me possède plus (1) - Guérir du moi (1)
- Questions/réponses (1)
- Le moi (4)
- Prépare-toi à la mort
prépare-toi
bruissent les cerisiers en fleur
(Issa) (1) - La mort (17)
- Profond
plus profond encore
dans les montagnes bleues
(Santôka) (1) - Dans la brume de printemps
le vol blanc
d'un insecte au nom inconnu
(Yosa Buson) (1) - Douceur de la brise
dans le vert de mille collines
un temple isolé
(Masaoka Shiki) (1) - Soir d"hirondelles -
demain encore
je n'aurai rien à faire
(Kobayashi Issa) (1) - Non-faire (127)
- Sans souci
elle contemple la montagne
la grenouille
(Kobayashi Issa) (1) - En secret
le camélia devine
la présence du prunier
(Hayashibara Raisei) (1) - Le monde
est devenu
un cerisier en fleurs
(Ryôkan) (1) - La cloche se tait -
les fleurs en écho
parfument le soir !
(Matsuo Bashô) (1) - Résonance (40)
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