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La culture française s’est toujours considérée comme un domaine à part et exceptionnel. Pour  la valoriser, de nombreux hommes politiques ont voulu la protéger. De ces réflexions est née l’exception culturelle française puis la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles qui a été ratifiée en 2005 par l’UNESCO. Mais qu’est-ce que cette exception au juste ? A-t-elle été un outil de promotion ou un frein à l'épanouissement de la culture française ? A-t-elle aidé à améliorer la diversité culturelle, mise en avant par la France ?




La déclaration universelle sur la diversité culturelle

Parler d’exception culturelle, c’est avant tout poser et accepter qu’il existe une diversité culturelle. Celle-ci a été définie dans la Déclaration universelle sur la diversité culturelle, rédigée par l’UNESCO en 2001. Cette déclaration considère la diversité comme un "patrimoine commun de l’humanité". A la fois "source d’échanges, d’innovation et de créativité, la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant. Les cultures sont très variées à travers le temps et l’espace. Grâce à cette diversité, notre humanité et notre vie peuvent s’enrichir."  C’est aussi un facteur de développement et un élément incontournable pour qui veut mettre en avant les droits de l’homme.
La diversité culturelle est donc liée à la créativité individuelle, aux biens (oeuvres créées) et aux différents services culturels qui ont pour vocation de mettre en lumière ces oeuvres. La déclaration va aussi définir les biens culturels comme une “marchandise” à part qui vise à faire connaître la culture d’un pays.
En 2005, les membres de l’UNESCO rédigent un autre texte, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Ce texte ne se limite plus à donner une définition à l’exception culturelle, il va apporter une définition plus précise des droits et des obligations qu’ont les états afin de développer la culture et de l’enrichir.
La diversité culturelle trouve néanmoins une nouvelle définition qui "renvoie à la multiplicité des formes par lesquelles les cultures des groupes et des sociétés trouvent leur expression. Ces expressions se transmettent au sein des groupes et des sociétés et entre eux". C’est aussi un moyen de "réaffirmer le droit souverain des Etats de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire".
On peut sentir derrière ces textes un autre rôle de la diversité culturelle : lutter contre l’hégémonie américaine et la langue anglaise.

On a en effet pu constater que la Déclaration lie ces particularités culturelles à la protection des biens et services eux-mêmes liés à la culture. Ceux-ci sont alors considérés comme des marchandises particulières.

"Face aux mutations économiques et technologiques actuelles, qui ouvrent de vastes perspectives pour la création et l'innovation, une attention particulière doit être accordée à la diversité de l'offre créatrice, à la juste prise en compte des droits des auteurs et des artistes ainsi qu'à la spécificité des biens et services culturels qui, parce qu'ils sont porteurs d'identité, de valeurs et de sens, ne doivent pas être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres."

Cette protection doit s’exercer dans le respect de l’homme. Selon la Déclaration, il est en effet impossible de respecter la création sans prendre en compte le créateur. Cela "implique l’engagement de respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales, en particulier les droits des personnes appartenant à des minorités et ceux des peuples autochtones". Enfin, cette diversité ne peut en aucun cas être utilisée pour porter atteinte aux droits des hommes.

La diversité culturelle se fonde sur une philosophie qui présente différentes spécificités :

c’est un patrimoine commun, à la fois facteur de développement, source de créativité et de dignité.
c’est un concept qui inclut que chaque culture a ses propres valeurs artistiques uniques et égales. En effet, il n’existe aucune hiérarchie entre elles. Ainsi, on ne peut considérer que l’industrie du cinéma hollywoodien surpasse celle de Bollywood ou de la France et ce même si elle est très populaire et diffusée à travers le monde.
la culture implique le respect de l'altérité - ce qui est autre. Cette notion est particulièrement défendue par la France. Pour s’en rendre compte, il suffit de se souvenir du discours du Ministre des Affaires Étrangères, D. de Villepin au Mexique en 2003 :

"La (...) leçon de notre histoire, c’est l’altérité. Partie à la découverte du monde, l’Europe a cédé aux tentations de la puissance : elle a voulu exploiter les autres peuples, coloniser leurs territoires. Aujourd’hui, elle est revenue de ces erreurs. Elle a dû renoncer à la vaine domination d’une civilisation sur une autre, et en contrepartie de cette renonciation, elle a connu le brassage humain et culturel. (...) Nous sommes riches de cette interaction, nous sommes forts de cette chance que représente pour nous le mélange de toutes les cultures."

L'exception culturelle est donc la mise en oeuvre d’un concept égalitaire qui valorise toutes les cultures et partant, tous les hommes. La France refuse ainsi l’uniformisation des cultures dans le monde. C'’est aussi un moyen pour elle de placer ses intérêts au premier plan : La France veut mettre sa culture en avant et ne pas la voir anéantie par les créations américaines.

La France - et les autres États - vont alors mettre en place différents dispositifs et réglementations pour protéger et valoriser la culture.



Revenons quelques instants sur la Convention de 2005 (Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles). On trouve dans cette convention une définition précise de la diversité (article 4) mais aussi une description du contenu culturel, de ses expressions et de ses modes - créations, productions, diffusions, distributions... Le but de cette Convention est de "réaffirmer le droit souverain des Etats de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire." On peut aisément en conclure que cette diversité prend un aspect économique très important.


Retour sur l’histoire de l’exception française


Des origines profondes

La singularité de la culture française n’est pas née avec la Déclaration de l’Unesco de 2001. Bien au contraire.
Plusieurs historiens ont décelé les prémices de l’exception culturelle française dans le rapport parlementaire de Maurice Petsche en 1934. Dans une période où le cinéma connaît une crise majeure, M. Petsche veut intégrer - et défendre - le cinéma à la culture française au même titre que la littérature, la peinture ou l'architecture. Sa volonté est de créer une "organisation d’Etat" pour conserver la liberté de création aux acteurs de ce domaine. En cela, il pose les premiers jalons de l’exception française. Il prône la qualité des oeuvres et veut instaurer un quota concernant le nombre de films étrangers autorisés à être diffusés.

On retrouve cette notion d’exception française avec André Malraux et le Ministère de la Culture créé en 1959. La création de ce ministère montre la volonté du gouvernement de s’engager dans le soutien à la culture et à la création artistique.

Une mise en avant de l’exception culturelle française lors des négociations dans le cadre du GATT

En 1986, le GATT - General Agreement on Tariffs and Trade, en français : accord général sur les tarifs douaniers et le commerce - s’est réuni à Punta del Este pour valider une décision visant à réévaluer certains principes du libre-échange et des droits de douane. Il sera également question de la propriété intellectuelle avec l’ADPIC - ou Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce - et de l’AGCS - Accord général sur le commerce des services.
L’AGCS, s’il est appliqué dans le domaine cinématographique, est une menace pour les mesures de soutien que l’Europe - et la France en particulier - ont mises au point. Le libre-échange est en contradiction avec les quotas mis en place - nombre de chansons françaises diffusées par heure par exemple - L’accord met aussi en avant une règle qui interdit aux États de favoriser la diffusion - et le soutien - de leurs productions. Enfin, autre frein, la mise en place d’avantages commerciaux non individualisés. Si la France, par exemple, met en place des accords de coproduction avec le Mexique, elle devra également céder ses avantages à tous les membres de l’AGCS. Impossible alors de créer un partenariat pour un film avec le seul Mexique.
La France a alors dû insister sur l’exception française, appuyée par de nombreux pays européens. Elle met en avant le principe suivant lequel les créations culturelles ne peuvent en aucun cas être soumises à la libéralisation des échanges. Ce ne sont pas en effet - pour la France - des marchandises ou des services comparables à des légumes ou des équipements informatiques. Pour cela, la Commission européenne réclame une dérogation en créant une annexe sectorielle incluant le cinéma et l’ensemble des créations audiovisuelles.
Cette demande n’a toutefois pas abouti et les oeuvres artistiques sont restées dans le domaine de l’AGCS et restent à ce titre des objets commerciaux.
Mais l’Europe refuse ce principe et la décision ne peut être mise en oeuvre dans l’immédiat.

Les négociations de l’AMI au sein de l’OCDE

C’est en 1995 que l’Europe remet en avant “l’exception culturelle”, ceci lors des négociations sur l’AMI - Accord multilatéral sur l’investissement; L’AMI veut "établir pour l’investissement international un large cadre multilatéral comportant des normes élevées de libéralisation des régimes d’investissement et de protection de l’investissement et doté de procédures efficaces de règlement des différends". Ce principe va, entre autres, contrer la mise en place de quotas, provoquant un véritable tollé dans le monde cinématographique et audiovisuel français.
Le gouvernement français doit intervenir en prônant “l'exception culturelle” afin de retirer de la liste les créations artistiques. Cette intervention ouvre alors une réflexion sur "une clause spécifique qui permettrait aux parties contractantes de mettre en oeuvre des politiques visant à préserver et promouvoir la diversité culturelle et linguistique et à protéger et promouvoir les entreprises qui assurent cette diversité". Or, même si la France reçut l’appui de l'Italie, de la Belgique, de l’Espagne et du Canada, les discussions restèrent dans l’impasse. Le projet a finalement été abandonné en 1998.

La stratégie française vise à créer la notion de diversité culturelle

En 1999, l’Union européenne a réuni le conseil des Ministres des états membres afin de signer un mandat visant à garantir la préservation de leurs diversités culturelles. Une politique culturelle indépendante pour chaque pays est alors préconisée. Les participants européens font face aux récriminations américaines.
Se met alors en place une nouvelle stratégie pour défendre la création artistique des pays européens. Il ne s’agit plus seulement de parler “d’exception culturelle” qui présentait un visage négatif avec une idée de protectionnisme assez importante. A présent, on parle de “diversité culturelle”, terme plus positif.
La “diversité culturelle” inclut une notion plus “sage”. Ainsi, elle est correcte économiquement car elle offre un essor important pour la création, la cohésion sociale et oeuvre à un développement durable. C’est encore une façon plus ouverte de mettre en avant la création. Avec l’exception culturelle, certains pays se sentaient mis à l’écart par la culture occidentale et plus particulièrement européenne. La diversité culturelle permet à tous les pays de trouver leur place. Ainsi les pays en voie de développement ont pu trouver leur place et ont soutenu la France lors des débats devant l’UNESCO.

Il est vrai que “l'exception française” était une notion très française. Avec la “diversité culturelle”, le concept se démocratise et des pays d’Afrique francophones, par exemple, ont pu trouver leur place et sont devenus des soutiens de qualité.

Les démarches pour faire adopter la Déclaration universelle sur la Diversité culturelle à l’UNESCO




Avec le soutien important des pays du sud, la France s’est présentée à l’UNESCO pour faire adopter la déclaration.
Avant même de proposer son projet, la France a donc mis au point une stratégie haut de gamme pour obtenir un soutien sans failles de nombreux pays. Une coopération a été mise au point lors du sommet de la francophonie à Moncton (novembre 1999). Les états membres de l’Organisation internationale de la Francophonie ont pris plusieurs mesures visant à l’amélioration de la préservation et la promotion de la diversité culturelle. La langue française sera privilégiée - protection de la diversité linguistique -, la politique culturelle sera mise en oeuvre par les pays concernés et non par un acteur étranger. Le fait que "les biens et services culturels ne sont pas des marchandises comme les autres" est mise en avant par tous les participants.
A cela s’ajoute la volonté de favoriser les industries culturelles et de faciliter la circulation des créations. La France joue alors un rôle important pour encourager et aider les pays en voie de développement.
La stratégie française de trouver des appuis solides pour faire adopter ce projet a porté ses fruits et a donné lieu à de nombreuses négociations. A noter que celles-ci ont eu lieu sans les États-Unis fortement opposés à cette notion.

Table ronde des Ministres de la culture à l’UNESCO : "La culture et la créativité face à la mondialisation", (2 novembre 1999)

Cette table ronde marque la naissance au sein de l’UNESCO de la diversité culturelle. Présidée par les ministres de la culture canadien et français, cette table ronde va mettre au point les différents actes. "Les ministres ont affirmé leur volonté de défendre et de promouvoir la diversité culturelle face à la mondialisation dans le souci de préserver la dignité humaine". Les participants veulent trouver les meilleures solutions - culturelles, économiques et commerciales - pour protéger et valoriser leurs cultures. Pour cela, ils réfléchissent et mettent au point différentes notions qui seront discutées un an plus tard, à la réunion du Comité d’experts qui a eu lieu en 2000.

Symposium "La culture : une marchandise pas comme les autres ? La culture, le marché et la globalisation" (septembre 2000)

Conjointement avec la Commission nationale française et les gouvernements français et canadien, l’UNESCO organise un symposium pour promouvoir la diversité de la culture. En s’appuyant sur les discussions de 1999, le comité d’experts demande l’élaboration d’une déclaration et a "invité le Directeur général à identifier les éléments préliminaires d’un projet de Déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle qui représenterait un cadre de référence éthique officiel qui serait élaboré selon les principes."
Le texte sera difficile à mettre au point et ne sera élaboré qu’un an plus tard.

Réunion d’un groupe de travail pour élaborer le texte du projet de Déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle (Juillet 2001)

Pour rédiger au mieux le texte du projet, il a été décidé de constituer un groupe de travail qui va assister et aider le secrétariat pour rédiger un texte clair et précis qui pourra facilement être adopté lors de la conférence générale.

"Ce groupe de travail, co-présidé par les ambassadeurs Evgueny Sidorov (Fédération de Russie) et Jean Musitelli (France) s’est réuni trois fois (20 juin, 2 et 9 juillet) et a permis à 24 Etats membres du Conseil exécutif et à une dizaine d'Etats observateurs d’apporter des contributions de grande qualité. "

La France propose un amendement mettant en avant l’importance des politiques culturelles publiques. Elle insiste également pour faire de cette déclaration un texte universel :

"Ce texte consacrera la légitimité de l’action culturelle des Etats et gouvernements, qui doivent pouvoir développer les politiques culturelles de leur choix, appuyées par des mécanismes de soutien. Il s’imposera à tous, y compris l’OMC."

Il est à noter que cette volonté a rencontré des obstacles de la part de certains membres de l’OMC et du GATT. De plus, l’aspect juridique de la protection et la promotion des oeuvres sont en fait très contraignants.

Un dernier débat avant l’adoption (octobre/ novembre 2001)

Entre le 2 et le 12 octobre 2001, le Conseil exécutif organise la 162ème session pour examiner le texte de la future déclaration. Quelques révisions sont faites afin de concilier les différents pays. Ce texte, une fois révisé, est adopté lors de la 31e session de la Conférence générale, le 2 novembre 2001.
La France a ainsi atteint son premier objectif et le président d’alors - Jacques CHIRAC - fait un discours pour célébrer cette victoire :

"Convaincu que le combat contre le terrorisme passe par le dialogue des cultures, je vous avais présenté les propositions de la France. Elles ont fait écho à une aspiration commune dont témoigne l’adoption de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle, le 2 novembre 2001, ainsi que l’engagement de tant d’Etats, notamment d’Etats francophones."

Mais la France ne souhaitait pas uniquement une adoption à l’UNESCO. Elle souhaitait également  faire adopter une convention pour protéger les industries culturelles sur le plan international.

Des résultats mitigés

La mise en place de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ne s’est pas faite facilement. La France voulait en effet faire de cette déclaration une convention ouvrant sur des droits et des devoirs.

J. CHIRAC poursuit son ambition et fait un discours lors de la 32ème conférence générale de l’UNESCO :

"Ces principes posés, il nous faut maintenant les ancrer dans le droit par une convention. (...) cette convention reconnaîtra à chaque Etat le droit d’adopter ou de maintenir les politiques publiques nécessaires à la préservation et au développement de son patrimoine culturel et linguistique. Elle affirmera la spécificité des créations culturelles. Elle organisera la solidarité internationale, nécessaire pour que ce droit profite à tous".

La France veut poursuivre l’avancement sur la diversité culturelle en valorisant :

"la reconnaissance de la spécificité des biens et services culturels ;
le droit des Gouvernements à adopter ou maintenir des mesures qu’ils jugent appropriées à la préservation de leur patrimoine culturel et au développement de leurs expressions culturelles et linguistiques ;
le renforcement de la solidarité au niveau international."

Face à ses propositions, la France va recevoir l'appui de l’Organisation des pays francophones. Mais elle va aussi se confronter aux États-Unis, revenus au sein de l’UNESCO.

Son meilleur allié - l’Organisation des pays francophones - va même élaborer un avant projet particulièrement précis et complet.

Ce projet a naturellement rencontré le véto des Américains. En effet, cette convention pouvait compromettre les intérêts des États-Unis. Les industries cinématographiques, musicales et audiovisuelles étant en effet un poste important dans le domaine des exportations.

S’ensuivent de nombreuses réunions d’experts. La première a lieu entre le 17 et le 20 décembre 2003. Cinq thèmes principaux sont étudiés - objectifs de la Convention, champs d’applications, relations entre cette Convention et d’autres groupements, coopérations internationales et applications de la Convention. Les discussions sont alors vigoureuses. Il en ressort que le but de la Convention n’était pas de défendre la diversité culturelle en général mais plutôt de protéger les contenus culturels et les expressions artistiques. Deux points sont mis en avant :

"l’accès pour tous les consommateurs et usagers à des produits culturels et expressions artistiques riches et diversifiés ;
la participation de tous les créateurs à la vie culturelle et leur accès à des possibilités de diffusion aussi étendues que possible."
Deux autres réunions ont lieu lors de cette session et plusieurs mesures sont annoncées :

renforcer le développement par l’intégration de stratégies culturelles dans les politiques de développement économiques et sociales ;
soutenir la créativité et promouvoir la participation à la vie culturelle ;
préserver et sauvegarder le patrimoine culturel, matériel et immatériel ;
promouvoir le pluralisme et la diversité culturelle et linguistique pour la société de l’information ;
promouvoir la culture auprès des jeunes ;
renforcer les industries culturelles ;
renforcer et soutenir les médias nouveaux et traditionnels ;
améliorer la coopération internationale et la recherche en faveur des politiques culturelles ;
mobiliser davantage de ressources humaines et financières en faveur du développement.
Un an plus tard, de nouvelles réunions ont lieu entre le 20 et le 24 septembre 2004. C’est lors de cet épisode que des divergences entre les partisans de la diversité culturelle et les États-Unis apparaissent clairement. D’autres réunions ont aiguisé ce combat jusqu’en 2005.

La lutte avec les États-Unis

Les États-Unis ont mis en avant leur opposition dès le début des réunions. C’est lors de la 33ème Conférence générale que ces griefs ont été affichés dans une lettre envoyés aux ministres des Affaires étrangères membres de l’UNESCO. On y trouve des inquiétudes à propos du projet de Convention, désigné comme ambigu et surtout comme un outil à des fins protectionnistes. Les États-Unis demandent que l’adoption de la Convention soit retardée. Différents amendements sont également refusés.

Mais cette lutte contre la Convention n’a pas abouti puisque la majorité des membres a voté pour son adoption. Seuls les États-Unis et Israël ont voté contre. La Convention est donc adoptée. En France, cela se traduit par la ratification du texte par le parlement en 2006.

Cette Convention adoptée a d’abord été une victoire pour la France. Mais cette même Convention qui veut protéger les différentes cultures peut aussi engendrer des freins au développement culturel.

Ainsi, on a pu constater que certains pays ayant dû signer des accords économiques se sont vu interdir de développer leurs industries culturelles. Les États-Unis ainsi - et toujours eux - ont mis en place la politique du stand bill. Celle-ci consiste à freiner les domaines audiovisuels et cinématographiques en imposant aux pays signataires d’un accord avec l’Amérique une stagnation de leur création.

Mais Hollywood n’est pas le seul élément à ralentir la volonté française. Bruxelles et la Commission européenne sont également un frein. La commission considère "que ce système de soutien est assimilable à des aides d’Etat et, à ce titre, incompatible avec le marché commun". A cela s’ajoute le scepticisme de certains pays européens comme la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.

La diversité culturelle - précédée de l’exception culturelle - a su mettre en avant la France et sa volonté de contrecarrer les industries culturelles américaines en légitimant la valeur de ses créations. Mais quels ont été les résultats de cette notion de diversité culturelle sur la création artistique ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’exception culturelle aujourd’hui

Après de longues années de discussion, la France a donc réussi à imposer ses principes valorisant la diversité culturelle et ses propres créations. Avec les aides mises en place pour assister les créateurs nationaux et les quotas, cette diversité est rapidement apparue comme un principe défensif et protectionniste face à Hollywood. Mais la mise en place des taxes et des quotas - 40% de chansons françaises diffusées à la radio et 60% de créations européennes diffusées à la télévision a-t-elle réellement eu un impact positif sur la création française ?

Ces aides ont-elles été favorables à la création artistique française ?




On a pu observer que depuis 30 ans des centaines de films ont pu être subventionnés par l’Etat. Mais est-ce toujours à juste titre ? Rien n’est moins sûr. La qualité de certains films est en effet médiocre et va à l’encontre de l’idée générale de ”l'exception culturelle”. De plus, nombreux sont les insuccès de ces films. On peut alors imaginer que le cinéma français ne repose que sur les subventions de l’Etat et non sur les recettes. A part quelques blockbusters - pardon quelques énormes succès -, le cinéma français mise plus sur la quantité. On peut alors constater que le subventionnisme n’est en aucun cas une aide pour les cinéastes de qualité. Toutefois, on peut noter que toute aide est bienvenue. Au public ensuite de faire le tri.

Ces aides permettent de protéger la création face à l’aspect “industrie” que peut parfois prendre le cinéma.
Dans le domaine de la chanson, l’Etat va financer différents festivals et aider les artistes contemporains. Ils peuvent ainsi enregistrer leur disque sans avoir à trop payer la location du studio par exemple.

Toutefois, la baisse régulière des subventions oblige les artistes à produire des oeuvres plus “grand public”. Le Ministère de la culture réduit de manière significative ses financements - 4% en 2013, 2% en 2014... Il va donc devoir sélectionner les destinataires des aides. Les oubliés devront, quant à eux, trouver des solutions pour s’en sortir - réduction des jours d’ouverture pour un musée, par exemple.
La diversité culturelle a donc permis aux artistes de créer mais les conditions n’ont pas toujours été idéales puisque la culture passe toujours au second plan et voit régulièrement baisser sa trésorerie.
On peut tout de même mettre en haut de l’affiche le cinéma. Le soutien du CNC a permis de tourner plus de 250 films. Le Centre national du Cinéma redistribue en moyenne 700 millions d’euros aux créateurs. Cette manne - obtenue via la taxe de 1% sur les billets de cinéma et de 3,5% sur le chiffre d’affaires des chaînes diffusant des films - a permis à la France de devenir une des productions les plus puissantes au monde - après les USA.

Une controverse inutile ?

Les acteurs du domaine artistiques ont naturellement apprécié cette possibilité de développer leurs créations avec des aides toujours bienvenues. Toutefois, la mise en place de ces subventions a aussi provoqué des controverses.
Ainsi, la mise en place d’une diversité culturelle nationale ne correspond pas systématiquement à toutes les cultures de cette nation. Il en ressort des controverses identitaires.
L’économie immatérielle est aujourd’hui un atout majeur venu de la mondialisation. Ce libre-échange prôné par toutes les sociétés va à l’encontre de la protection culturelle. Subventionner les créations nationales va-t-il alors à l’encontre de cette ouverture ? Est-ce une solution pour contrecarrer l’uniformité artistique ? A la vue des succès filmographiques U.S., on peut en douter.

La diversité culturelle en dehors des frontières françaises

Plusieurs pays d’Europe mais aussi le Canada ont vu dans ce principe une façon de contrecarrer l’hégémonie américaine.
La diversité culturelle a connu un très grand succès auprès des pays francophones. Une entité linguistique commune et des cultures totalement différentes ont permis de créer "des passerelles avec les autres communautés dans le sens d’une diffusion concertée des valeurs essentielles que véhiculent les différentes cultures humaines, afin de mieux mobiliser les moyens adéquats pour financer les initiatives locales."

Le monde virtuel a aussi été touché, même si dans ce cas, les frontières sont plus floues. Les nombreuses plateformes qui proposent des oeuvres à télécharger ou simplement à regarder vont à l’encontre de la protection franco-française. Aucun quota n’a en effet été adopté pour ces diffuseurs. C’est là que le principe de “diversité culturelle” pourrait trouver un avenir en poussant les acteurs à investir dans les créations françaises diffusées sur le net.

Et l’Académie française dans tout cela ?




Mettre en avant la culture française n’est pas nouveau. François Ier a imposé le français dans tout le Royaume en 1539, Louis XIII et Richelieu ont créé l’Académie Française, Louis XIV, la Comédie Française en 1635. Sous la Révolution, la culture devient un idéal démocratique. Puis on crée le CNC en 1946, on instaure le MInistère de la culture en 1959...
Le développement de la francophonie et de l’enseignement du français peut passer par la création artistique. Un film français pourra être à l’origine de la volonté de mieux comprendre les idées en se tournant vers la culture française. L’art peut alors devenir la voix de la France à travers le monde.
En cela, l’exception culturelle va dans la même direction que la sacro-sainte Académie. On peut toutefois noter que l’Académie est aujourd’hui cantonnée à un rôle d’autorité morale sans pouvoir. Elle n'est plus un mécène de créations audiovisuelles. C’est alors le rôle de l’Etat que de promouvoir la création avec des espèces sonnantes et trébuchantes.

Et l’avenir ?

Pour faire fonctionner le principe de la “diversité culturelle”, les gouvernements ont besoin d’argent. Et celui-ci se fait de plus en plus rare. On a pu assister à l’annulation de la création du Centre national de la musique, aux nombreuses réductions accordées aux musées ou encore à la forte réduction des budgets audiovisuels... Il faudra donc choisir et ce choix n’est pas simple. Faut-il privilégier l’architecture, les spectacles vivants ou encore les radios ?
Il faut aussi faire face à la concurrence internationale.
La diversité culturelle a aussi besoin d’être mieux pensée. Aujourd’hui, cette action culturelle est présente dans 150 pays. Émiettée, elle perd de sa puissance.
Le quotidien est aussi un ennemi. Combien de mots étrangers utilisons-nous dans nos conversations ? Combien de séries et de films américains font partie de nos listes d”oeuvres préférées ? Qu’écoutons-nous ? A quels concerts allons-nous ? La diversité culturelle ne pourra jamais empêcher les personnes d’apprécier des créations étrangères.
Ce principe trouve aussi un ennemi de taille avec la barrière des droits qui permet aux multinationales de ne pas respecter les envies de protectionnisme national. La diversité culturelle française devra réagir aux nouvelles menaces pour continuer à mettre en avant la culture française à travers le monde.




nathluli






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-
Actualité de l'exception culturelle (note publique, créée par Judo73)

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