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On connaît les grands hommes précurseurs de l'alpinisme, qui ont marqué l’histoire du Mont Blanc : de Saussure, Balmat, Paccard... Mais deux femmes ont aussi réalisé cet exploit au cours du XIXème. La plus connue est sans conteste Henriette d’Angeville qui a grimpé le sommet en 1838. Mais on oublie souvent l’autre pionnière, Marie Paradis, qui posa son pied sur le toit de l’Europe près de 30 ans plus tôt. Deux femmes que tout oppose mais qui ont pourtant un point commun : conquérir le plus haut sommet de l’Europe.

Une fille du pays

Marie Paradis est semble-t-il née à Chamonix en 1778. Elle est issue d’une famille modeste et travaille comme servante d’auberge sur place.

Celle-ci habite non loin de Chamonix, au hameau du Bourgeat plus précisément. Ce hameau se situe aux Houches. Elle habite avec sa belle-fille. Son fils, né hors mariage est parti à Paris et n’a plus jamais donné de nouvelles. Les deux femmes vivent modestement dans une maison de deux pièces, une cuisine et une chambre qu’elles partagent. La maison est simple mais confortable. Une vaste cheminée occupe la pièce principale. Une armoire, deux lits, deux coffres, une table et des chaises forment tout le mobilier sans oublier un poêle pour les rudes soirées d’hiver.







Portrait de Marie paradis (Anonyme, 1830)




Demeurant dans la vallée, elle suit l’actualité et côtoie un nombre important de guides. En ce début du XIXème siècle, le sommet de l’Europe n’est plus à explorer, Horace-Bénédicte de Saussure a en effet réalisé l’ascension en 1786, le 16 août précisément - accompagné du docteur Michel Gabriel Paccard exerçant à Chamouny - orthographe ancienne - et de Jacques Balmat, aventurier des glaciers et guide à ses heures perdues. Marie est une amie de ce dernier qui sera à l’origine de la première ascension féminine du Mont Blanc.

Une aristocrate fascinée par la montagne

L’autre grande actrice est Henriette d’Angeville, une demoiselle totalement amoureuse de la nature et de la montagne. Elle est née en 1794 dans une famille de petite noblesse installée à  Semur-en-Auxois. Durant la Révolution, sa famille doit déménager - son père est arrêté - et va s'installer dans le Bugey (Ain). Jeune femme indépendante, elle aime les montagnes mais n’en néglige pas pour autant les villes. Elle va ainsi faire de nombreux séjours à Paris, Lausanne ou Genève. Durant sa vie, elle fit de nombreuses ascensions - plus de 20 - et ne laisse pas la place au hasard. Avant son ascension au Mont Blanc, elle prépare tout avec minutie. Elle lit les différents comptes-rendus de ses prédécesseurs, contacte un médecin pour se préparer physiquement au mieux et se fait réaliser une tenue spécifique pour grimper dans un habit adapté au lieu.







Henriette d’Angeville en tenue d’alpiniste (J. Hébert, 1830)



Cette tenue a marqué les esprits de l’époque. Elle est composée de :

- une chemise-pantalon en flanelle utilisée comme dessous ;
- deux chemises d’homme ;
- deux paires de bas de laine et deux autres en soie ;
- deux paires de chaussures imperméables à crampons ;
- une paire de pantalons en laine écossaise doublée ;
- une blouse ample de même matière ;
- un tartan ;
- un boa ;
- une paire de gants en tricot fourré, une autre en fourrure ;
- une pelisse en fourrure ;
- un bonnet en flanelle ;
- un chapeau de paille ;
- un masque en velours noir et des lunettes de soleil à verres bleus très foncés.

Elle emporte également un carnet où elle consignera ses notes tout au long du périple et de nombreux équipements - sels, alcools, couteaux, briquet, petite cafetière...

Chamouny au XIXème siècle

A cette époque, Chamonix est un bourg de dimensions très raisonnables qui toutefois attire de plus en plus d’aventuriers fascinés par ces massifs montagneux, encore emprunts de magie pour les habitants.
Le petit village niché au creux des montagnes s’est ouvert au tourisme en 1741. L’arrivée de deux aventuriers anglais - Sirs William Windham et Richard Pococke a changé la vision que l’on pouvait se faire des sommets. Ils mettent en avant les merveilles que l’on pouvait observer sur les hauteurs et en font un lieu à explorer. Ils ont étudié le glacier de la Mer de Glace - ce nom est de leur invention et a remplacé celui de glacier des Bois - et ont ouvert les portes du village aux amoureux d’aventures.
C’est ainsi que de nombreux scientifiques découvrent la montagne et certains, plus téméraires, veulent conquérir le sommet du massif. Les guides locaux - qui se cantonnaient jusqu'alors à la chasse aux bouquetins et aux cristaux - accompagnent ces explorateurs sur les cimes. Après de nombreuses tentatives, le Mont Blanc tombe entre les mains de H.B. De Saussure et ses accompagnateurs.
Cette ascension a fait grand bruit dans la vallée mais aussi en Europe. Les grimpeurs arrivent de partout et chacun leur tour tentent de gravir le sommet. Nombreux sont les échecs. Au fil du temps, la montagne connaît des phases de tranquillité de plus en plus présentes. Toutefois, le Mont Blanc continue de fasciner et les guides poursuivent leur travail avec des clients plus ou moins expérimentés. La première ascension en solitaire a lieu en 1808 avec le guide chamoniard Joseph-Marie Simond. Cinq jours plus tard, c’est au tour de Marie Paradis. Un drame survient en 1820. Le Dr Hamel et sa caravane de guides sont emportés par une avalanche. Puis vient le tour de H. d’Angeville qui gravit les pentes enneigées en 1838. Entre-temps, la compagnie des guides est créée en 1821.

Le village se développe rapidement depuis 1741. Plusieurs hôtels voient le jour. Le nombre de touristes grandit et atteint, en 1783, le chiffre étonnant de 1500 personnes alors que 40 ans plus tôt, pas un seul visiteur ne résidait sur place. En 1770, l’Hôtel d’Angleterre sort de terre et reçoit de Saussure avant son ascension. Henriette d’Angeville séjournera à l’Hôtel de l’Union au coeur de la ville. Marie Paradis travaille pour l’un de ces établissements. En 1850, le petit village est devenu un centre touristique important avec 9 hôtels et plus de 5000 visiteurs.







Le village au milieu autour de 1830 (Anonyme)



Grimper la montagne maudite

La première à effectuer l'ascension est Marie Paradis, entraînée par les guides, un peu contre sa volonté. Savoir grimper au Mont Blanc est une source d’argent. La femme en a naturellement besoin et lorsque les guides - Balmat et Payot en tête - lui proposent de grimper avec eux pour pouvoir accompagner par la suite des touristes sur le sommet, elle ne refuse pas. C’est Alexandre Dumas qui offre la postérité à Marie Paradis et nous permet de savoir ce qui s’est passé. Il rédige en effet la narration de l’ascension du sommet par cette femme.

Marie Paradis, paysanne de Chamonix, fut la première femme à parvenir au sommet du Mont Blanc le 14 Juillet 1808 …[ ]...

La vieille Chamoniarde racontait son ascension avec une franchise exemplaire : « J’étais à mon travail lorsque des guides, sous la conduite de Jacques Balmat, vinrent me dire : « Marie, tu es bonne fille qui a besoin de gagner ; viens avec nous, nous te mènerons à la cime et ensuite les étrangers voudront te voir et te donneront des étrennes ».
Cela me décida, dit Marie Paradis, et je partis avec eux. Au Grand Plateau, je ne pouvais plus aller… j’étais bien malade… je me couchais sur la neige. Je soufflais comme les poules qui ont trop chaud. On me donna le bras des deux côtés, on me tira ; mais aux Rochers Rouges, plus moyen d’avancer, et je leur dis « Ficha mé din una crevasse et alla ô vo vodra - Il faut que tu ailles au bout » me répondirent les guides. Ils me prennent, me tirent, me poussent, me portent et enfin nous sommes arrivés.
- Et qu’est-ce que vous avez vu là-haut ? …[ ]…
- Sur la cime, je n’y voyais plus clair, je ne pouvais plus ni souffler ni parler ; c’était bien blanc, là où j’étais, et bien noir là-bas où ce qu’on regardait. »

En ce qui concerne Henriette, la montée est totalement différente. Elle rédige ses impressions tout au long du trajet. Elle part de Chamouny le 3 septembre pour suivre le même itinéraire que de Saussure... Elle se lève à 4h30 du matin et petit-déjeune avec ses guides : J. Couttet, F. Desplan, A. Tronchet, P.J. Simond, M. Favret et ses porteurs. Avant le départ, elle vérifie ses pulsations cardiaques - 64 - et après une prière prend la route du Mont Blanc en passant par le glacier des Bossons.







Le glacier des Bossons (Anonyme, vers 1830)



Elle rejoint Pierre-Pointue à 6 heures puis regagne Pierre-à-l’Echelle à 10 h. L’ascension se déroule sans problème, il fait beau, le coeur d’Henriette est stable (74 pulsations).
Quatre heures plus tard, le groupe arrive aux Grands-Mulets. Ce sera la première étape de l’ascension. Le groupe s’installe et passe la nuit au coeur du glacier des Bossons.







Le rocher des Grands Mulets (Image issue du livre "A Tramp Abroad" de Mark Twain, 1880)



Henriette dort peu sur le rocher et son coeur n’est plus aussi régulier qu’auparavant. Il est vrai que l’on est à plus de 3050 mètres d’altitude. Le groupe repart vers le sommet. Il fait une halte au Grand Plateau.







La crevasse au Grand Plateau (John Tyndall, 1876)



Henriette commence à se sentir fatiguée et la montée est difficile. Des douleurs dans les reins, une pulsation qui s’accélère (139) la freinent, mais l’ascension se poursuit. Elle arrive au Mur de la Côte à 9h30 et souffre de plus en plus.







Le Mur de la Côte (John MacGregor, 1855)



Elle suffoque mais n’abandonne pas. Elle demande à ses guides de la conduire au sommet morte ou vivante. Ceux-ci la soutiennent et arrivent à la cime. La dame se ressaisit, son pouls passe à 108 et la vie lui revient. Elle en profite pour envoyer un pigeon aux habitants de Chamonix - celui-ci n’arrivera jamais - et écrit à ses amies. Les guides la soulèvent pour célébrer la victoire. Il est temps de redescendre.


Une postérité en demi-teinte

La "fiancée du Mont Blanc" a regagné rapidement son hôtel. Considérée avec bienveillance et respect par les habitants, elle n’en fut pas moins décriée par certains. Ainsi, Claire-Eliane Engel dans son Histoire de l’alpinisme écrit :

"... c’était une vieille fille qui aimait le Mont Blanc parce qu’elle n’avait personne d’autre à aimer... En 1838, les fantaisies bizarres de la baronne Dudevant - Georges Sand en littérature -, passionnaient le public : la comtesse d’Angeville était jalouse de la renommée de la dame, et peut-être aussi du costume d’homme qu’elle exhibait partout et même à Chamonix en 1836. Mme d’Angeville fit donc l’ascension du Mont Blanc, révélant ainsi au monde un courage viril, des tendances à l’hystérie, et une toilette de lainage à carreaux comprenant des pantalons de zouave, une longue redingote, un vaste béret empanaché et un long boa noir."

Propos forts peu courtois et emprunts d’un sexisme flagrant ! La dame est pourtant restée dans les annales et a su se faire une place au panthéon des alpinistes célèbres. Elle est morte en 1871 après une vie bien remplie à gravir de nombreux sommets.

Marie Paradis, quant à elle, s’est toujours gardée de se vanter de son exploit, considérant qu’elle avait grimpé au sommet aidée et portée. Après l’ascension, elle s’est installée au dessus du village de la Côte et vendait aux alpinistes, qui empruntaient le chemin du Mont Blanc, des fruits, du pain et de la crème. Sa renommée toutefois attirait et elle réussissait à gagner sa vie. Elle est morte en 1839 d’hydropisie de poitrine.

Les deux femmes se sont rencontrées après le retour d’Henriette, d’abord lors d’un dîner - pour célébrer la victoire en compagnie des guides - puis lors du départ de celle-ci. Elle rend alors visite à sa “sœur de Mont Blanc” qui la reçoit avec grande sympathie. Elles prennent ensemble une petite collation - du beurre et du pain, du miel et un pot de crème. Marie pose une serviette blanche sur la table pour cette hôte exceptionnelle. Les deux femmes se séparent après une dernière discussion et ne se reverront jamais.









L’ascension du Mont Blanc par Henriette d’Angeville et ses guides (lithographie de F. Bauman, 1838)










Itinéraire emprunté par les deux alpinistes






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